Par monts et par vaux, en avant !

Marcher, encore marcher... toujours marcher

Par Origenius

25 avril 2022

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Alors que le prin­temps est déjà bien engagé dans le Sud du Japon et qu’il com­mence tout juste, à poin­dre dans le Nord, la nature elle-même pour sa renais­sance, en délais­sant sa blan­cheur gla­ciale, teinte ses pay­sa­ges d’une variété enchan­te­res­que de verts. Ils sont chacun autant d’appels à renou­ve­ler votre espé­rance en Jésus Christ, vain­queur de la vie sur la mort.

À Noël, pen­dant que les têtes blon­des se réjouis­sent de mul­ti­ples cadeaux tant atten­dus, leurs parents, amis et autres connais­san­ces sabrent le cham­pa­gne, dégus­tent quel­ques bour­ri­ches et s’enivrent quel­ques heures sur les pistes illu­mi­nées et endia­blées de ryth­mes satu­rés. Voilà une bonne façon de ter­mi­ner l’année. À la Toussaint, où la veille, mais comme ça dure plu­sieurs jours, ça valide, on se déguise en morts-vivants, se pein­tur­lure d’orange ou d’os sque­let­ti­ques ou se déguise en citrouille ; et les enfants se gavent de bon­bons à s’en faire péter la panse ou jet­tent des sorts à l’envi. Une nou­velle façon de conju­rer sa peur ou ses inquié­tu­des. Quant à l’occa­sion de la fête de Pâques, on n’oubliera pas la chasse aux œufs en cho­co­lat, à moins que ce soient des lapins ou des tor­tues. Les enfants en quête de sur­pri­ses cho­co­la­tées décou­vrent ces tré­sors en moins de temps qu’il en faut à leurs parents pour les dis­si­mu­ler. Bref, que de bonnes occa­sions d’amuser les enfants ou de se dis­traire pour un temps avant de repren­dre le turbin par­fois ingrat et quel­que peu insensé !

Pourtant le drame évangélique de Pâques dont, en paral­lèle, vous avez peut-être aussi fait mémoire pen­dant les jours saints vous rap­pelle que, à force d’atti­tu­des humai­nes contra­dic­toi­res, l’accueil du Salut pro­posé et assumé par le Christ n’est pas évident. En effet, vous ne pouvez pas en rester à l’idée pré­conçue que vous vous faites du salut. Et de vous en conten­ter. Ce serait vous faire illu­sion.

Vers le mystère !

Qu’il s’agisse du Judas, de la foule accla­mant Jésus lors de son entrée à Jérusalem, d’Hérode, du grand prêtre et de sa clique, de Pilate, de cette même foule hur­lant main­te­nant « cru­ci­fie-le ! » ou encore de ses fidè­les dis­ci­ples, chacun se four­voie lamen­ta­ble­ment sur la nature du Salut pro­posé, vic­time de pré­sup­po­sés ou de biais de confir­ma­tion trom­peurs lui inter­di­sant l’accès au mys­tère dra­ma­tur­gi­que­ment en pleine réa­li­sa­tion.

Que vous convo­quiez la cupi­dité de Judas pour expli­quer sa tra­hi­son, et vous passez irré­mé­dia­ble­ment à côté de l’enjeu ! Et vous com­plaire dans cette expli­ca­tion vous éloigne plus sûre­ment du drame : Judas ne vou­lait-il pas pro­vo­quer de la part de Jésus, dont il avait fini par être exas­péré de l’inac­tion, qu’il s’enga­geât enfin contre ces cli­ques oppres­san­tes (juive ou romaine), et ainsi réa­li­ser le salut qu’il s’était ima­giné être le salut, un salut à taille déses­pé­ré­ment humaine ? Un salut consé­cu­tif à la vic­toire de com­bat­tants dont il était sûr d’être un fier repré­sen­tant et sur lequel la gloire retom­be­rait ! En faire grief à ce mal­heu­reux ne ferait que vous ancrer dans son sillage, un sillage dont n’était pas éloigné Pilate. « Alors comme ça, tu es roi ? », ques­tionna-t-il. Il se méfiait donc de ce soi-disant roi dont l’hypo­thé­ti­que armée serait sus­cep­ti­ble de le déli­vrer et faire de l’ombre à l’auto­rité qu’il tient de Rome et dont la pauvre fierté l’aveu­gle dans cette bour­gade éloignée de l’Empire… Entendit-il que « son Royaume n’est pas de ce monde » qu’il s’apaisa ; aucune crainte à avoir d’un illu­miné sans danger pour son propre pou­voir. Et Pilate aussi passa à côté du mys­tère ! Son alter ego dans la crainte de perdre ses pré­ro­ga­ti­ves, Hérode, est, lui, pathé­ti­que. Ayant entendu les rumeurs au sujet de ce Jésus, qu’il n’attend de lui que quel­ques tours de magie pour amuser sa gale­rie. Misérable. Et que faire de cette foule ver­sa­tile ? La mau­dire ? La mépri­ser ? De quel salut se pré­vaut-elle lorsqu’elle chante Hosanna, pour être capa­ble 3 jours après, dans un mimé­tisme impla­ca­ble­ment cou­pa­ble de hurler à la mort de celui qu’elle a accueilli ? Sait-elle qu’elle est fina­le­ment un acteur immi­nent du drame ? Comme moi, vous avez du mal à parler du grand prêtre et de son conseil. Sont-ils tel­le­ment jaloux de leur puis­sance reli­gieuse qu’ils en oublient Dieu lui-même ? La hargne meur­trière qu’ils déploient vous rem­plit de stu­peur ; le péché défi­gure-t-il l’être humain à ce point ?

Ecce homo

Lorsque Jésus, le Christ, rejoint la déchéance misé­ra­ble de l’homme. « Voici l’homme ! » Mais enfin, de qui Pilate parle-t-il ?

Un seul homme, témoin du drame et pré­mi­ces de l’huma­nité dégra­dée et péré­gri­nante, a effleuré la vérité du mys­tère. De cet illus­tre ano­nyme vous décou­vrant le pas­sage, vous ne connais­sez que la prière, enfin humble et confiante : « Seigneur, sou­viens-toi de moi quand tu vien­dras dans ton royaume… » Il est le pre­mier être humain, sans doute le plus cri­mi­nel et défi­guré d’entre eux aussi, à s’aban­don­ner à la confiance et à l’espé­rance. « Je vous le dis, aujourd’hui, vous serez avec moi au para­dis ! »

「はっきり言っておく。あなたは今日私と一緒に楽園にいる。」

Pour obte­nir le salut qu’ils se sont ima­giné, qu’ils se sont cons­truit, des chi­mè­res, les hommes se sont fabri­qué des métho­des pour les intel­li­gents, des che­mins escar­pés pour les forts, des laby­rin­thes pour les élites. Vous vous êtes fait Judas, Grand-prêtre, Pilate, Hérode chacun à son tour. Vous avez chanté, acclamé, puis hurlé avec la foule. Vous vous êtes dis­trait dans les orgies, vous vous êtes saoulé dans les beu­ve­ries, vous avez volé, méprisé, trompé, tué. Que de décep­tions, de voya­ges sans retour et ina­bou­tis !

La croix a cris­tal­lisé tous ces culs-de-sac et ouvert le mys­tère. Et c’est le plus perdu des hommes qui l’a accueilli avec humi­lité et confiance. Mais non, Judas, il n’est pas trop tard !

Imaginons un ins­tant que, comme ce bon larron, avec humi­lité, vous pre­niez le parti de la confiance et que, comme lui vous enten­diez à votre tour cette parole de Jésus : « Aujourd’hui, tu es avec moi au Paradis ! » Mais vous, vous n’êtes pas mort !, vous offus­quez-vous !

Imaginez plutôt la puis­sance de cette révé­la­tion. Sur la croix, Jésus vous mépri­se­rait-il pour vous bala­der ? Certes, non ! Il vous pro­clame de son intime voix une vérité qui vous avait échappé jusqu’à pré­sent : Aujourd’hui est le pre­mier jour reste de votre vie, le pre­mier jour pour arpen­ter ce nou­veau chemin, éclairé d’une lumière nou­velle en direc­tion d’un para­dis dont vous res­sen­tez déjà la confiance, goûtez déjà la saveur, humez déjà les par­fums sub­tils. Le pre­mier jour de votre vie fidèle, le pre­mier jour de votre vie de foi.

Marie de Magdala, comme les autres femmes, Pierre comme les autres dis­ci­ples ont vécu cette ren­contre extra­or­di­naire du Christ res­sus­cité. Tout étonnés qu’ils furent de ce pre­mier jour du reste de leur vie, ont-ils pour autant tout aban­donné de leur vie pour se lancer à cœur perdu à la suite du res­sus­cité ? Non, car ils n’ont pas encore com­pris de quoi il s’agit. Cette annonce, cette nou­veauté étant tel­le­ment éloignée de leur enten­de­ment, de leur intui­tion natu­relle qu’ils ont besoin d’expli­ca­tions. Vous rap­pe­lez-vous le dis­ci­ple que Jésus aimait (il ne se nomme pas dans son propre évangile), Jean ? Lorsqu’il a demandé à Jésus, à leur pre­mière ren­contre trois ans aupa­ra­vant, où il demeu­rait, celui-ci lui a répondu : « Viens, et tu verras ! » Et voilà qu’au pre­mier jour de cette nou­velle ère, Jean « vint, vit et… crut ! » [1] Au matin de la résur­rec­tion (mais pou­vait-ce être un autre jour ?), il crut et obtint ainsi la réponse à sa ques­tion fon­da­trice. Il a pour­tant fran­chi cols et val­lées en Judée et Galilée à la suite de Jésus, exer­çant sa proxi­mité, se nour­ris­sant de sa parole, témoin visuel de ses œuvres jusqu’à l’ultime croix, béné­fi­ciant de misé­ri­corde, d’amitié, pour enfin com­pren­dre et fina­le­ment croire… Trois années de pèle­ri­nage lui ont été néces­sai­res pour se lais­ser hum­ble­ment tou­cher par le mys­tère.

Alors que Pierre, le fameux Pierre, bien qu’heu­reux de la résur­rec­tion de son Seigneur, est tenté de reve­nir à sa vie d’avant. Jésus l’inter­pelle alors avec bien­veillance. « Jette tes filets du côté droit, tu devrais en pren­dre… » Et les filets ont même failli se déchi­rer sous la quan­tité de pois­sons ! Cet épisode ne vous donne pas comme une impres­sion de « déjà-vu » ! Si, rap­pe­lez-vous, c’était aussi à leur pre­mière ren­contre. De la même manière, après une nuit fati­gante d’un labeur sté­rile, Jésus a enjoint à Pierre de jeter encore ses filets. Celui-ci, bougon, s’exé­cuta : « Puisque tu le dis… » Et la pêche fut étonnamment sura­bon­dante. C’est d’ailleurs à ce moment-là que Jésus a confié sa voca­tion à Pierre : « Tu es pêcheur, alors je te ferai pêcheur d’hommes ! » Et pour­tant, même après la résur­rec­tion, le pêcheur Pierre est retourné à son boulot de pêcheur lambda d’avant. Ça valait bien la peine ! Alors avec force res­pect, le res­sus­cité s’appro­che et lui fait revi­vre cet événement ini­tial. Pierre le revit et le revoit sous la lumière de la résur­rec­tion : lui aussi désor­mais com­mence sa vie renou­ve­lée, celle qui est trans­fi­gu­rée par le mys­tère. Trois ans, trois ans de fougue, de cou­rage, de joie, d’exal­ta­tion, de force, de pro­mes­ses, mais aussi de bou­gon­ne­ries, de couar­dise et même de renie­ment, de peur. Trois années de proxi­mité, par­fois dif­fi­cile, avec Jésus ont été néces­sai­res à Pierre pour, comme Jean, croire et vivre le pre­mier jour du reste de sa vie…

Alors, lors­que je tiens à vous sou­hai­ter de Joyeuses fêtes de Pâques, je ne veux pas vous lais­ser une for­mule recuite. Je vous sou­haite au contraire autant d’humi­lité et de confiance que le bon larron qui, comme l’ouvrier de la onzième heure, s’est ouvert au mys­tère du salut pro­posé par le Christ. Reconnaissez-vous peut-être que votre réac­tion devant cet événement est plus proche de celle d’une foule mimé­ti­que et réac­tion­naire, d’un Hérode déri­soire, d’un Pilate pathé­ti­que ou d’un grand prêtre pitoya­ble ? Alors, sou­ve­nez-vous que « le dis­ci­ple que Jésus aimait » et Pierre ont dû par­cou­rir un long chemin, dit de conver­sion ou de foi pour, enfin, accé­der au mys­tère. Rappelez-vous que Jésus les a tenus par la main avec une bien­veillance inouïe afin de les guider, les sou­te­nir, les porter vers le mys­tère que Dieu a pré­paré spé­cia­le­ment pour eux.

Vous êtes sur cette route ? Je suis sur cette route !

Joyeuses fêtes de Pâques ! Le Christ est res­sus­cité ! Alléluia !

Notez bien

[1César n’avait pas tout compris non plus !

  Et cum Spiritu tuo Paroles Parole Marcher, encore (...)

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