Use it, or lose it... *

Texte proposé par Origenius

17 janvier 2018

Alors que vous auriez jus­te­ment dû avoir votre leçon de tri­co­lage ce matin, vous appre­nez qu’Alphonse a cassé sa pipe. Vous l’aimiez bien Alphonse.
Ça fai­sait com­bien de temps déjà ? Un bail. « Ah mince, il est encore mort ? » vous a rétor­qué, étonné, Lucien. Vous aussi, en fait, vous pen­siez qu’il était déjà mort. Faut croire que non. Enfin main­te­nant, c’est fait. Heureusement que vous aviez lu le jour­nal du matin. 9 heures 30 à l’église Sainte Gertrude. C’était là d’ailleurs, vous vous en sou­ve­nez bien main­te­nant, qu’on avait enterré sa femme, en 1976, il vous semble.
Alors, vous vous dites : « Albert, laisse tomber ta leçon de tri­co­lage pour une fois, et va aux funé­railles ! »
Vous n’êtes même pas arrivé trop en retard.
Ils doi­vent être en train de répé­ter : le curé a pas l’air d’être arrivé. Ils ont pour­tant qu’ça à faire ! Il y a 3 ou 4 per­son­nes qui meu­blent en atten­dant ! Elles sont pas à l’aise. Tiens, il y a de la place juste là, pas besoin d’aller plus devant. Oh la la, elle a vieilli la mère Madeleine. Vous la saluez de loin. Vous ne savez pas si elle vous a reconnu. Elle est engon­cée dans son cha­grin. Tiens, vous n’auriez pas cru.
Il est là aussi lui, mince, vaut mieux pas qu’il vous voie. Vous allez vous faire dis­cret. De toute façon, vous êtes sûr qu’il ne veut pas vous voir non plus ; vous pouvez rester tran­quille. Vous n’avez qu’à pas vous voir !
Faut qu’on se lève. Le curé doit être arrivé. Vous regar­dez der­rière. Fausse alerte. On répète encore. On répète même le gou­pillon. Vous ne bougez pas. 9 heures 55. Qu’est-ce qu’il fait le curé. Il exa­gère. On n’a vrai­ment pas qu’ça à faire. Les Pompes funè­bres s’agi­tent. Elles font leur boulot, elles. Mais, qu’est-ce qu’elles font ? Elles embar­quent le cer­cueil. Ils ont pas annulé l’enter­re­ment quand-même ? Bon qu’est-ce qu’il fout le curé ? Oh mince, c’est Matthieu qui se lève aussi. Il doit pas être loin de la retraite. On le met à la porte et il attend. On sonne le glas.
C’est fini ?
Tout le monde à l’air de s’en retour­ner. Et le curé qu’est pas venu... « Des tire-au-flanc ceux-là je vous jure », que vous vous dîtes... En même temps, le der­nier curé que vous avez jamais vu, ça doit faire... oh la la... jus­te­ment, depuis 1976, si vous vous en sou­ve­nez bien.
En lui pré­sen­tant vos condo­léan­ces, vous auriez bien voulu lui dire quel­que chose à propos de son père... Mais vous êtes resté inter­dit.
Matthieu, il avait l’air mal­heu­reux…

J’aurais bien aimé vous ren­contrer, cher vieil ami d’Alphonse, Albert ? C’est bien ça ? Mais je n’étais pas là. J’aurais voulu accom­pa­gner Matthieu, aussi, mais je n’étais pas là non plus pour lui. Je reconnais hum­ble­ment que je n’ai même pas fait le pre­mier pas pour tenter d’être là.
Comment aurais-je pu être à l’heure... je me suis enfui si loin.
Voulez-vous que je vous raconte le début de ma petite his­toire ? Peut-être com­pren­drez-vous pour­quoi je n’aurais pas pu être à l’heure.
Tout a com­mencé par une forme d’agres­sion ver­bale. Je suis allé ren­contrer mon cher évêque, le père Picandet, après qu’il m’a convo­qué pour que je m’expli­que sur les rumeurs... Il avait entendu dire que... et il vou­lait savoir la vérité.

Il s’inquié­tait et je m’en fichais. J’ai tou­jours été un sale gosse.
Je pre­nais le temps de la réflexion. Il m’a pré­ci­pité, à son corps défen­dant, dans son affir­ma­tion.
C’était au début du mois de décem­bre 1990. J’étais inti­midé quand même. A 23 ans devant mon évêque, que j’admi­rais par ailleurs.
« Ah oui » réagit-il, gro­gnon, en m’invi­tant à entrer dans son bureau. Nous nous asseyons face à face. Son regard silen­cieux est péné­trant. Il ral­lume sa gitane maïs dont il, par un mou­ve­ment des lèvres exercé, exhale la fumée vers le haut. Sa mèche de che­veux blancs en est jaunie. Son visage d’ordi­naire jovial est grave. Il ral­lume sa gitane.
– Alors, c’est vrai ? m’inter­ro­gea-t-il.
– Oui ! lui répon­dis-je.
Je ne vou­lais pas lui pro­vo­quer ce désar­roi. Je pense qu’il était triste, et un peu déses­péré. Il me connais­sait depuis que j’étais au lycée.
– Comment en es-tu arrivé là ?
Et comme je n’étais pas très déli­cat, je lui lance brut de fon­de­rie :
– « Laisse les morts enter­rer leurs morts ! et toi, suis-moi », uti­li­sant à mon profit l’évangile de Saint Matthieu.
Et lui, me cou­pant, s’exclama :
– Non ! Tu ne peux pas dire ça ! Tu ne peux pas décla­rer comme ça que la France, que l’Église de France sont désor­mais « mou­ran­tes » et qu’il faut aller voir ailleurs.
C’est là que j’ai senti que je le bles­sais. Je me suis fait tancer ; il avait raison. Mais avais-je vrai­ment tort ?
Il avait en charge un dio­cèse dont le maigre vivier de la relève s’étiolait de mois en mois. Plusieurs de mes cama­ra­des avaient récem­ment bifur­qué, et il les consi­dé­rait perdus pour son dio­cèse.
– De toute façon, ce sont tou­jours les meilleurs qui s’en vont, répli­qua-t-il.
Malgré lui ?
Autant je res­sen­tais son inquié­tude, autant je fus honoré par cette réac­tion sans arti­fice : il me ran­geait dans la caté­go­ries des meilleurs (ce dont je ne me per­sua­dais pas) et il avouait son estime à mon égard.
– Mais, c’est bien le don ridi­cule d’une veuve, de deux peti­tes pié­cet­tes seu­le­ment, que Jésus a reconnu comme le seul don « fécond », lui rétor­quai-je tout aussi mala­droi­te­ment que pré­cé­dem­ment ; pré­ci­sant bra­ve­ment encore que s’il était capa­ble d’offrir quelqu’un comme moi, la relève pour son dio­cèse ne serait pas si mori­bonde.
Quel culot quand-même. Je l’ai ren­voyé dans sa cour.
– Bon, écoute, je ne veux pas te donner mon accord main­te­nant. Peut-être que ce que tu me dis main­te­nant n’est qu’une lubie. Et il faut le véri­fier. Mais il faut véri­fier aussi si c’est vrai­ment un appel de Dieu. Si c’est une lubie, elle va dis­pa­rai­tre d’elle-même. Si c’est ta voca­tion, elle va se conso­li­der, et ça ne sert à rien que je me batte contre l’Esprit-Saint pour que tu restes ici. Reviens me voir à la veille du carême, car je ne veux pas te lais­ser dans l’expec­ta­tive durant le carême. Ce jour-là, je te don­ne­rai ma réponse.
Nous nous sommes sépa­rés apai­sés mais la ten­sion fut grande.
J’ai de nou­veau fran­chi la porte de son bureau le mardi gras au soir.
– Alors, ça tient tou­jours ?
– Oui.
– Bon, vas-y ! C’est une belle voca­tion. Je prie pour toi.
Le sou­rire était franc et heu­reux.
C’est ainsi que mon­sei­gneur Picandet, qui m’a ordonné prêtre quel­ques années plus tard, m’a envoyé aux Missions Étrangères de Paris.

Je reprends mes argu­ments jetés à la figure de mon évêque, bien mala­droi­te­ment j’en conviens. N’empê­che que c’est vrai. « Laisse les morts enter­rer leurs morts, et toi suis-moi ! », c’est bien une parole du Christ qui m’a mis en mou­ve­ment.
Oui, je l’ai prise exac­te­ment comme il me repro­chait de la pren­dre.
Je ne me voyais pas faire du culte pour des dizai­nes d’Albert ou de Madeleine qui entrent dans une église, morts ou vivants, comme des pin­gouins au musée Grévin. Je me suis dit qu’ils pou­vaient faire leur popotte entre eux que ça ne me concer­nait pas et puis voilà. Oui, j’ai fui ce culte dépourvu de foi ; c’est du moins la manière dont je le consi­dé­rais.
Mais sans doute que l’on ne fuit que pour retrou­ver ce que l’on a fui, parce qu’il faut bien l’assu­mer !
Alors donc j’ai fui déjà depuis 24 ans au Japon. Je n’ai plus jamais ren­contré un seul Albert ou un seul Lucien. Ils s’appel­lent main­te­nant Kenichi, Nijiro, Yukio ou Masako et ils ont le même cos­tume noir, ou le même kimono noir de céré­mo­nie.
Si je ne peux pas arri­ver à l’heure pour les funé­railles d’Alphonse, je me dois d’être pré­sent pour celles de Kenzaburo, où ses vieilles connais­san­ces se sont pres­sées. Elles sont aussi per­dues que nos innom­bra­bles Albert, Matthieu et Madeleine.

Kenzaburo, un jour, a fait une décou­verte extra­or­di­naire. Lui-même n’en revient tou­jours pas : il a fait une ren­contre qui a renou­velé sa vie.
Que n’a-t-il pas trouvé dans la culture et la mytho­lo­gie japo­nai­ses un ter­reau fer­tile aux mul­ti­ples répon­ses à ses ques­tions exis­ten­tiel­les pour main­te­nant conclure son voyage dans ce lieu pour le moins ésotérique ? Ni même dans une reli­gion un peu moins jeune, et donc plus immer­gée dans sa culture telle que le boud­dhisme ?
Comment d’ailleurs un Japonais de la pure espèce a-t-il pu accueillir un Dieu étranger ?
En effet, pour offi­cia­li­ser cette ren­contre déci­sive, il a reçu déjà de son vivant son « kaïmyo » ; ce nou­veau nom avec lequel on change de monde, alors que l’on quitte celui-ci. Dans sa nou­velle famille, on dit « senrei-mei ». Il faut bien sûr le pro­non­cer à la japo­naise, ce qui demande pour un non-initié une petit effort d’ima­gi­na­tion : « Arufonso ». En effet, c’est son nom de bap­tême. Il l’a reçu en étant bap­tisé, ce jour où, dési­rant asso­cier la vie du Christ à la sienne, il a été plongé dans sa mort pour res­sus­ci­ter avec lui. Mystère d’une vie si dense qu’elle ne se révèle qu’avec un peu d’eau et un peu d’huile. C’est ce jour-là que la manière rituelle a révélé l’indi­ci­ble mys­tère dans lequel Kenzaburo s’est à ce point perdu dans la mort que le Christ l’a relevé dans sa résur­rec­tion, l’appe­lant par son nom : « Arufonso, viens, sois heu­reux ! ».
Kenzaburo a ren­contré le Christ, s’est nourri de sa Parole. Il s’est laissé inter­pel­ler par cette nou­veauté mys­té­rieuse. C’est ainsi qu’il a désiré, au moment du grand pas­sage, comme trem­plin entre sa vie d’ici-bas et le Royaume de Dieu, venir se pré­sen­ter devant cet autel et cette croix au pied de laquelle il a posé toute son espé­rance. Ses connais­san­ces, Kenichi, Nijiro, Yukio et Masako, en hom­mage pos­thume convenu, sont venues l’entou­rer dans ce lieu un peu exo­ti­que et étrange.
Paradoxalement, Kenzaburo a eu un avan­tage sur son alter ego Alphonse. Il a désiré d’une manière posi­tive rece­voir son kaïmyo de son vivant, « Arufonso », alors qu’Alphonse, son homo­nyme, l’a reçu quel­ques jours après sa nais­sance ; il a eu lar­ge­ment le temps de ne pas s’en rendre compte ou de n’y rien com­pren­dre. Quoique sa com­pré­hen­sion n’affecte en rien la réa­lité de l’immer­sion dans le mys­tère du salut. Même s’il est plus jouis­sif de la com­pren­dre, même de manière très par­tielle.

Mon cher Albert
Permettez que je prenne ma plume ce matin. Vous avez raison. J’étais absent pour les funé­railles de votre ami Alphonse.
Nous ne nous sommes jamais ren­contrés. Vous auriez pu, en 1976, échanger quel­ques mots avec l’un de mes aînés, mais il était trop... com­ment dire ? et pas assez... enfin voilà. Un salut dis­tant vous a convenu, bien qu’il vous fût insuf­fi­sant. Et vous avez laissé faire… et lui aussi.
Depuis ? Rien.
Jusqu’aujourd’hui. Et je ne suis pas venu. Vous avez pesté contre moi, mais qu’y puis-je ? J’étais affairé, non pas avec mon heure de tri­co­lage, mais avec vos sem­bla­bles, Kenichi, Ichijiro et ses amis accom­pa­gnant leur cher dis­paru Arufonso Kenzaburo au pied de la croix du Christ. Pour son der­nier voyage, comme vous dites.
Evidemment, même absent, j’ai prié pour Alphonse, comme j’ai prié pour Arufonso. Et j’aurais aimé vous dire, cher Albert, ce que j’ai dit à Kenichi.
Alors voilà.
Ma parole aurait sans doute varié selon le texte d’Évangile pro­clamé. Vous êtes-vous laissé inter­pellé par ce texte lu par cette per­sonne mal assu­rée quoi­que à votre ser­vice, ou étiez-vous occupé à des sup­po­si­tions sur l’âge de la vieille Madeleine ?
Si nous avions lu Saint Jean au cha­pi­tre 14, je vous aurais fait remar­quer com­bien l’amour du Christ est incom­men­su­ra­ble, lui qui, pour chacun d’entre nous sans dis­tinc­tion aucune, a pré­paré spé­cia­le­ment une place auprès de Dieu afin que nous soyons unis à lui pour l’éternité. C’est une pro­messe qu’Arufonso a prise au sérieux au point que par son bap­tême, il y était déjà arrivé. N’est-ce pas un mys­tère extra­or­di­naire que de vivre déjà ici-bas de la grâce pro­mise dans l’éternité ? Dans la foi, Arufonso vivait déjà de ce mys­tère, dont il était le témoin.
Si nous avions lu Saint Luc au cha­pi­tre 23, je vous aurais fait remar­quer que l’Amour du Christ est sans condi­tion préa­la­ble, que la moin­dre déci­sion de nous tour­ner vers lui entraine de sa part le plus grand sou­la­ge­ment mys­ti­que : l’ouver­ture des vannes à l’abon­dance incom­men­su­ra­ble de son amour.
Peu importe son his­toire tumul­tueuse, la der­nière parole de ce cri­mi­nel invé­téré cru­ci­fié à côté de Jésus fut la clé du mys­tère : « Souviens-toi de moi quand tu vien­dras dans ton Royaume. »
En toute humi­lité, et pour la seule fois peut-être, sa parole aux allu­res de prière revê­tit une fécondité inef­fa­ble à cause de laquelle le Christ s’est empressé de lui pro­di­guer la vie éternelle, sans délais : « Je te le dis, aujourd’hui, tu seras avec moi au para­dis. »
Oui, il ne lui res­tait plus que cette chance : plus aucune autre porte de sortie ; alors qu’il a essayé tant de portes s’ouvrant sur des satis­fac­tions éphémères et limi­tées et menant sur­tout à des impas­ses amères. Au soir de sa vie, il a frappé à la seule porte menant à l’éternité. Elle s’est ouverte immé­dia­te­ment sans autre forme de procès. D’une chi­que­naude !
Je me plais à ima­gi­ner la sub­mer­sion de paix et de séré­nité sur­pas­sant son insup­por­ta­ble souf­france pour les quel­ques minu­tes res­tan­tes.
Que n’a-t-il pas plutôt frappé à cette porte plus tôt ? Puisque cette prière fait partie de sa pano­plie depuis tou­jours.
Pour ma part, je remer­cie Arufonso d’avoir pris au sérieux la pro­messe du Christ et d’avoir, dès l’aujourd’hui de sa prière, accueilli ce mys­tère de l’éternité, d’avoir été notre éclaireur et d’avoir vécu ainsi cette paix qui nous inter­pelle, comme une invi­ta­tion qui tient en per­ma­nence.
Je vous aurais fait remar­quer que la flamme du cierge pascal est suf­fi­sam­ment puis­sante pour signi­fier l’Amour de Dieu, pour sym­bo­li­ser la résur­rec­tion du Christ qui éclaire toute vie, et hum­ble­ment faible pour agir comme une invi­ta­tion res­pec­tant immen­sé­ment votre liberté. L’avez-vous remar­qué ? Elle brillait pour­tant...
Je vous aurais fait remar­quer que votre prière n’était pas la vôtre. Avez-vous prié ? Savez-vous prier ? Non, c’est bien normal. Personne ne vous en a jamais appris, de ces priè­res que l’on ne rabâ­che même plus ? Vous n’avez jamais prié. Vous ne savez pas prier. Qui le sait ? Avez-vous prié Dieu d’accueillir Alphonse dans son éternité ? Vous ne savez pas bien répon­dre à ma ques­tion.
En tout cas, moi je n’ai pas prié pour qu’il entre dans l’éternité de Dieu. Ça ne sert à rien de deman­der quel­que chose que l’on a déjà obte­nue.
Si vrai­ment la Parole de Dieu, l’Évangile, nour­rit ma prière (et je le crois), alors je sais qu’Alphonse est déjà dans l’Eternité de Dieu. Jésus a bien dit que celui qu’on sur­nomme le bon larron sera « aujourd’hui » avec lui au para­dis, ou bien ?
Alors ma prière est une action de grâce et j’ai invité Kenichi et Masako a reconnaî­tre que cette prière est juste et à s’y asso­cier. Mais il me faut bien reconnai­tre que c’est d’abord la volonté du Christ que d’accom­pa­gner Arufonso auprès de Dieu. Ma pauvre prière, à laquelle j’invite Ichijiro et Kantaro, est d’abord celle du Christ à laquelle nous nous asso­cions. En litur­gie, l’œuvre rituelle du peuple de Dieu, pour ce faire, nous réci­tons la prière du Christ, le « Notre Père ». L’avez-vous dis­tin­guée ? Vous a-t-elle rap­pelé quel­ques sou­ve­nirs de jeu­nesse ? L’avez-vous ne serait-ce qu’ânonnée ?
Je vous aurais fait remar­quer que le gou­pillon, l’occa­sion de vous dégour­dir, déri­der (mais vous n’avez pas bougé semble-t-il), quand même le truc le plus déten­dant d’un enter­re­ment, revêt une signi­fi­ca­tion pro­fonde. Si la croix du Christ déborde en tor­rent d’eau vive du salut éternel, l’eau bénite dont vous auriez pu aspergé en un ample signe de croix la dépouille de votre cher défunt aurait surgi en une pro­fes­sion de foi, et vous aurait rap­pellé votre propre bap­tême, porte du salut à laquelle il a su frap­per il y a si long­temps...
Albert ! Qu’avez-vous fait de votre bap­tême ? Alphonse vous a-t-il invité à son enter­re­ment ? Ou vous a-t-il invité à retrou­ver la dyna­mi­que de votre bap­tême ?

Cher Albert, en résumé, Je vous aurais dit tout cela si j’avais été pré­sent. Mais ne croyez pas que j’étais en retard. Ne croyez pas que je ne vou­lais pas venir. Je m’occu­pais de Fumio et de Kanéko, et je leur ai expli­qué ce que je vous aurais dit, puisqu’ils ont le droit de le savoir aussi.
Que ferez-vous de ce que je vous aurais dit et que je vous ai résumé à grands traits dans cette lettre ? C’est votre his­toire... Qu’est-ce que Yukio et Mitsué feront de ce que je leur ai dit, dans leur langue et en direct ? C’est leur affaire. Vous êtes chacun libres de vous lais­ser inter­pel­ler ou non. La foi, la paix de Dieu sont une pro­po­si­tion adres­sée à votre liberté.
Je suis parti trans­met­tre tout cela à Ichijio, Fumio, Masako et à beau­coup d’autres dans une langue com­pli­quée. C’était beau­coup plus gri­sant pour moi. Ne me le repro­chez pas...
Je ne vous avais pas vu pen­dant 40 ans. Trop occupé que vous étiez à votre tri­co­lage… j’ai eu peur de m’ennuyer.

Album de photos

P.S.

* Ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.

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