遠藤周作・Shusaku Endo

Silence

Par André-Makoto Chiba

10 mai 2017

Début février, un film amé­ri­cain est sorti, un film qui s’appelle 沈黙 SILENCE (réa­lisé par Martin Scorsese). Il raconte l’his­toire de la per­sé­cu­tion contre les chré­tiens du sei­zième siècle au Japon.

Le livre ori­gi­nal est écrit en 1966, par l’écrivain japo­nais et chré­tien, 遠藤周作 ENDO Shusaku. (1923 1996)

Je me per­mets de vous pré­sen­ter juste un petit peu les contex­tes et notre sen­si­bi­lité du Japon à cette époque, et un petit épisode per­son­nel par rap­port à M.Endo.

Deux jeunes jésui­tes por­tu­gais arri­vent sur une petite île à côté de Nagasaki, là où les 隠れ切支丹 les chré­tiens cachés vivent en cachette dans la peur.

Ils fei­gnent d’être boud­dhis­tes pour échapper à la per­sé­cu­tion des chré­tiens, mais ils se réu­nis­sent clan­des­ti­ne­ment pour dire leur prière "Oratio" et ils choi­sis­sent un des plus âgés de leur vil­lage pour donner le bap­tême et diri­ger la com­mu­nauté.

En conce­vant une espé­rance au Ciel, ils atten­dent que le "prêtre" 伴天連 vienne célé­brer la messe et donner le sacre­ment du pardon.

A cette époque le boud­dhisme au Japon s’exprime par une imma­tri­cu­la­tion de famille, non pas par une confes­sion de foi : on peut dire « j’appar­tiens à tel temple », on ne dit pas « je crois au boud­dhisme ».

C’est impor­tant de dire « je suis d’une famille affi­liée à tel temple boud­dhi­que », mais ce n’est pas utile de dire « je suis croyant boud­dhiste ».

Cela veut dire que la soli­da­rité fami­liale, ances­trale et locale est plus impor­tante dans notre société que la foi per­son­nelle.

Pour nous, en tant que Japonais, l’Évangile du Christ nous paraît bizarre : cette appel de Dieu vis-à-vis d’une per­sonne, la rela­tion entre Dieu et une per­sonne, lien avec un Dieu qui porte son être, cette vérité a fait vrai­ment peur aux gou­ver­nants du Japon.

Le Dieu qui sauve toutes les per­son­nes, avec sa grâce propre à cha­cune, ça pour­rait trou­bler l’ordre social. Or nous sommes une partie du monde (social), nous ne pou­vons pas ima­gi­ner une per­son­na­lité indi­vi­duel­le­ment.

Dans le film, il y a cette parole d’un offi­cier 井上筑後守 Don INOUE-CHIKUGO-MORI à ce Jésuite Rodorigo : « Le Japon est un maré­cage, même si on repi­que un plant chré­tien, ses feuilles se fane­ront, et sa racine fanera ; le chris­tia­nisme est sûre­ment bon dans votre pays (Occident), mais il est inu­tile au Japon. Par consé­quent, je ne peux pas vous auto­ri­ser à appor­ter cette reli­gion à notre pays. »

Je pense qu’il vou­lait dire que notre société donne d’abord l’impor­tance à l’ordre et l’har­mo­nie col­lec­tive, le res­pect de la per­son­na­lité ne peut donc pas avoir de sens.

Ensuite le sens du salut chez les chré­tiens et les boud­dhis­tes est dif­fé­rent.
Pour les chré­tiens, il y a tou­jours un échange entre Dieu et l’homme : il y a un appel et il y a aussi une réponse à cet appel. Mais quand on voit le sens de la misé­ri­corde chez les boud­dhis­tes, la défi­ni­tion d’une réponse n’existe pas, il y a sim­ple­ment 仏の慈悲 une misé­ri­corde de Bouddha, et nous nous rac­cro­chons juste à cette misé­ri­corde en réci­tant un soutra 南無阿弥陀仏 « NAMU (retour­ner) AMIDA-BUTSU (un nom de Bouddha) ».

Ensuite nous pou­vons regar­der la situa­tion du monde à cette époque.

Les pays d’Europe ont essayé d’étendre leur domaine sur toute la Terre, notam­ment en Asie et au nou­veau Continent Amérique. Quand St. François Xavier est arrivé au Japon, il fut impres­sionné par le niveau de déve­lop­pe­ment cultu­rel de ce pays, et par cette dif­fé­rence cultu­relle.

Au tout début l’Église a été bien accepté par ce pays, et notam­ment vrai­ment appré­ciée par le gou­ver­ne­ment du Grand-duc 織田信長 ODA Nobunaga.

Malgré l’épanouissement du chris­tia­nisme au sei­zième siècle, pour­quoi l’Église a-t-elle été per­sé­cu­tée brus­que­ment et hor­ri­ble­ment.

Le gou­ver­ne­ment japo­nais a appris que les pays euro­péens colo­ni­sent par­tout, et peut-être un jour ils vou­draient pren­dre notre pays.

Les Jésuites ne sou­hai­taient pas que leur pays le colo­nise, ils vou­laient sur­tout res­pec­ter, lais­ser ce pays auto­nome et créer des liens avec le Japon, car cette culture ori­gi­nale pour­rait appor­ter la richesse en Europe, mais ce n’était pas l’opi­nion de tout le monde.

Des oppo­si­tions exis­tent entre les pays d’Europe, entre catho­li­ques et pro­tes­tants, entre les ordres reli­gieux.

Le Japon a eu des doutes sur eux.

Il y a des pro­blè­mes du côté des pays occi­den­taux, et des pro­blè­mes du côté du Japon.

Le Japon était bal­lotté par ces pays, car il n’était pas capa­ble de se faire une opi­nion, et donc de se déci­der face à l’Europe, et au chris­tia­nisme.
Quand les Jésuites cri­ti­quent les Franciscains, il a cru cette opi­nion.
Quand l’Espagne cri­ti­que la Hollande, il a suivi cette cri­ti­que.
Quand le pro­tes­tant déteste le catho­li­que, il s’est méfié du catho­li­que.
Le Japon n’avait pas le sens du dis­cer­ne­ment, cette fai­blesse a ren­forcé la méfiance...

Quand j’étais au Japon, un jour j’ai été invité chez les Dames du Sacré-Cœur à Sapporo, par une pré­sen­ta­tion d’un prêtre amé­ri­cain, j’ai ren­contré une reli­gieuse japo­naise qui est une des cou­si­nes de M.Endo.

Elle vou­lait créer un groupe de prière avec les anciens élèves de son établissement, et elle m’a embau­ché dans ce groupe comme ani­ma­teur.

J’ai eu donc l’occa­sion de dis­cu­ter avec cette reli­gieuse. Un jour elle m’a raconté l’his­toire de M.Endo, son cousin :

« C’était un enfant un peu com­plexé parmi nos famil­les, mais il aimait beau­coup lire des livres, il avait beau­coup de curio­sité et réflé­chis­sait beau­coup, il a fait ses études de lit­té­ra­ture fran­çaise, il n’a jamais étudié la théo­lo­gie, mais il a beau­coup réflé­chi sur le sens d’être chré­tien en tant que Japonais. Monsieur CHIBA, lisez des livres, et ouvrez-vous des hori­zons nou­veaux. »

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