信仰の糧
今日のために
カトリック教会より

De Æternitate

De Æternitate

Texte proposé par Origenius

6 avril 2017

C’est une humeur de Madame Poppins qui m’a invité à réflé­chir à cette notion d’éternité. Pour ne pas colo­ni­ser l’espace des com­men­tai­res de son blog, je lui réponds ici. Et je laisse la magie d’Internet opérer.

Question

L’esprit moderne est-il limité ? L’esprit « scien­ti­fi­que » est-il borné ? Pourtant, à écouter dis­cou­rir de grands mathé­ma­ti­ciens on res­sent toute la poésie de l’ordre du monde. Comme si la poésie, l’art étaient l’ultime recours pour expri­mer ce qu’un esprit métho­di­que et rigou­reux a décou­vert.

Méthode

En latin, on prend des choses çà et là afin de les ras­sem­bler pour les « com­pren­dre ». De choses indé­pen­dan­tes les unes des autres, donc limi­tées, cir­cons­cri­tes, bor­nées, on décou­vre les liens, les connexions qu’elles entre­tien­nent et, comme par ful­gu­ran­ces poé­ti­ques, on les com­prend ! Peut-on dire qu’un esprit moderne limité et borné accède à la connais­sance, à la com­pré­hen­sion, par sa capa­cité à créer des liens ?
En japo­nais, on fait le contraire. D’une mélasse chao­ti­que, on décor­ti­que les éléments pour arri­ver à leur plus simple expres­sion pos­si­ble. C’est en cou­pant les liens, en dis­sé­quant cette chose informe en par­ties dis­tinc­tes qu’on la com­prend. [1]
Que la méthode consiste à partir de par­ties pour en entre­voir le tout, ou à pren­dre le tout pour en décom­po­ser les par­ties, quoiqu’il arrive, c’est une his­toire de bornes que l’on pose ou dépose. Qu’elle consiste à établir des liens ou à casser des connexions, quoiqu’il en soit, on met en évidence des limi­tes à l’inté­rieur des­quel­les on se tient ou bien que l’on fran­chit allè­gre­ment. Donc, pour un esprit moderne, par consé­quent limité et borné, l’éternité c’est com­pli­qué.
L’Eternité, c’est une ten­ta­tion poé­ti­que pour « dé-limi­ter » le temps. Le temps, qui par excel­lence, est une entre­prise de limi­ta­tion.

Références

Saint Augustin, qui intel­li­gem­ment appré­hen­dait le temps par la durée qu’il impose comme sa mani­fes­ta­tion immé­diate, s’inter­ro­geait : Puisqu’on peut tou­jours divi­ser le temps en par­ties d’une durée plus courte, la durée la plus courte pos­si­ble vers laquelle on tend est zéro. Comment donc le temps peut-il être mani­festé par une durée résul­tant de l’addi­tion de durées nulles ? [2] Voilà une pre­mière limite posée. Tout autant que le pre­mier mys­tère qui y est rela­tif. Parlons-en de la rela­ti­vité ! Puisque les esprits cha­grins m’auront repro­ché une réfé­rence si loin­taine. Einstein nous a appris que le temps était jus­te­ment limité de manière abso­lue par la vitesse de la lumière, à la vitesse de laquelle jus­te­ment il s’estom­pait au point d’en perdre sa durée, ce qui lui en sup­pri­me­rait sa nature. Donc dans la limite posée par la rela­ti­vité géné­rale, le temps évolue à son rythme dans un espace qui lui est cor­rélé, et ne peut en aucun cas s’en déso­li­da­ri­ser. [3] A moins de conce­voir une éternité rela­tive, si tant est que l’entre­prise soit pos­si­ble, elle res­te­rait dans les limi­tes pré­vues, et ne « serait » donc pas ! L’Eternité devient donc une impasse à l’inté­rieur de son champs habi­tuel, puisqu’il est impos­si­ble de la sous­traire aux limi­tes du temps, donc de la phy­si­que.

Ouverture

De même que l’on tente de dépas­ser la phy­si­que par la méta­phy­si­que, qui pré­tend la requa­li­fier en la sous­trayant de ses limi­tes au point que toute notion phy­si­que lui devienne étrangère, accé­der à l’éternité revient à sous­traire au temps ses limi­tes au point qu’elle n’ait plus rien à voir avec le temps jus­te­ment, une sorte de meta-tem­po­ra­lité dont la nature serait étrangère au temps.
Si la méta­phy­si­que se donne pour objec­tif de dis­cou­rir sur ce qui est au delà du domaine de la phy­si­que, ce qui est au delà du domaine de la créa­tion si l’on appré­hende le sujet d’un point de vue phi­lo­so­phi­que, voire reli­gieux, l’éternité pour­rait être un champ de la méta­phy­si­que qui se don­ne­rait pour objec­tif de dis­cou­rir sur ce qui est au delà du temps. De même que la phy­si­que est dis­qua­li­fiée pour parler de la méta­phy­si­que, le temps est évidemment dis­qua­li­fié pour défi­nir l’éternité, comme une notion qui lui est étrangère.
Nos esprits moder­nes et bornés seraient-ils inca­pa­bles d’appré­hen­der la notion d’éternité autre­ment qu’en convo­quant le « temps », comme unique socle sur lequel cons­truire ce concept ? Et confron­tés à ses limi­tes, ils conclu­raient à son inexis­tence ou son impos­si­bi­lité ?

Conclusion

Puisque nous avons vu que le temps n’est pas qua­li­fié, il convient donc d’ima­gi­ner une assise dif­fé­rente.
D’un sup­plé­ment tem­po­rel dif­fi­ci­le­ment quan­ti­fia­ble ou ima­gi­na­ble, on pour­rait ima­gi­ner une tota­lité essen­tielle, ou onto­lo­gi­que ?
L’éternité ?
Une plé­ni­tude d’être ?

Notez bien

[1分かりました!

[2Je ne prétends pas résumer la pensée de Saint Augustin sur le temps, mais je pioche juste le point qui m’intéresse. Sa pensée est exposée aux livres X et XI des Confessions.

[3Quant au grand Albert, je ne sais pas où j’ai pioché cela, et je ne sais même pas si j’ai compris...

Notre conversation