信仰の糧
今日のために
カトリック教会より

« Coupe-le. Pourquoi faut-il encore qu'il épuise la terre ? (...)

Les retrancher de la surface de la Terre

Texte proposé par Origenius

13 avril 2016

Les retran­cher de la sur­face de la Terre, car ils ne méri­tent plus d’y vivre ! C’est la ten­ta­tion ultime. Elle fonc­tionne dans tous les sens. On a tous une bonne raison de la légi­ti­mer. De mon point de vue, car c’est par ce biais que je regarde le monde, et pour pré­ser­ver ma sécu­rité et ma liberté, si tant est que l’on puisse garan­tir l’une et l’autre, cer­tains, sur­tout s’ils sont des ter­ro­ris­tes, ne méri­tent plus d’occu­per la moin­dre par­celle de cette Terre que nous avons pour­tant en par­tage. Quelque déci­sion­naire obscur requiert d’ailleurs le réta­blis­se­ment de la peine de mort pour ces êtres mena­çant « nos valeurs ». Le pro­blème en serait-il résolu ? Je ne sais pas. Mais je ne le pense pas. La satis­fac­tion sym­bo­li­que de sup­pri­mer, en une forme de ven­geance étatique, un mal­fai­sant, résou­drait-elle la guerre des points de vue ? Cela se sau­rait ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit : mon point de vue, grosso modo par­tagé par ceux qui se retrou­vent dans une même nation, une même culture, des valeurs com­mu­nes est confronté au point de vue d’un autre, lequel est façonné dans un autre pays, une autre culture et une autre langue. S’ils sont bien déli­mi­tés géo­gra­phi­que­ment, sans effets de bord, les uns et les autres pour­raient vivre, non pas en bonne entente, mais en bonne igno­rance. Mais ça ne fonc­tionne plus de cette manière. A l’heure de la mon­dia­li­sa­tion, les points de vue se sont donné des ailes d’uni­ver­selle pré­ten­tion. Irréductiblement. Alors le point de vue de l’autre est devenu une menace, un danger. De quel­que côté que l’on regarde. Mais mon point de vue est le bon. Évidemment. Et inver­se­ment. Étant chacun par­ti­san du moin­dre effort, par peur et igno­rance, il convient d’éliminer le danger plutôt que de le réduire. En d’autres termes, il faut qu’il dis­pa­raisse pour que je vive. Donc puisqu’il n’y a pas d’alter­na­tive, c’est la guerre à mort.

Dans l’évangile de Luc [1], on sent l’impa­tience du maître de la vigne face à ce figuier en son milieu, comme un vilain petit canard ou une bête noire, qui ne porte aucun fruit et qui assè­che la terre : il ferait bien de dis­pa­raî­tre, celui-là, il ne sert à rien qu’à nous contra­rier. Aux oubliet­tes ! Des géné­ra­tions de chré­tiens se sont vus jus­ti­fiés dans leur choix d’élimination parce que, comme dans toute bonne para­bole le maître de la vigne repré­sente néces­sai­re­ment Dieu. Dieu semble jus­ti­fier et approu­ver l’élimination de cet impor­tun. Qu’il soit retran­ché de la sur­face de cette Terre ! Il y a bien ce petit vigne­ron qui essaie de trou­ver une solu­tion et qui obtient de repous­ser la solu­tion finale d’une année, au moins. Mais l’affaire est clas­sée : puis­que tu ne portes pas de fruits, tu as reçu ton juge­ment. Terminé. Et Dieu reprend son rôle de tyran, celui dont on veut bien l’affu­bler pour se jus­ti­fier de ne pas croire en lui. Ou celui qu’on n’accepte pas qu’il ait : il repré­sente si mal l’idée de bon sens que l’on se fait de Dieu ! Si même l’évangile pré­sente un Dieu tyran­ni­que, déci­dé­ment, le reli­gion ne sera jamais le creu­set d’une solu­tion pos­si­ble.

Seulement voilà. Notre lec­ture de cette para­bole est habi­tuel­le­ment par­fai­te­ment erro­née. Les inté­gri­sants jus­ti­fient leur propre jus­tice sur un contre-sens, ce que les braves gens, qui sont eux pleins de bon sens, ne peu­vent pas accep­ter. Tant que l’erreur n’est pas mise au jour, elle per­dure comme source de scan­dale. De quelle erreur s’agit-il ? C’est simple, dans cette para­bole, Dieu, ce n’est pas le maître de la vigne. Le maître de la vigne, c’est moi, ou toi ou nous. Collectivement ou non. Référons-nous donc à la Genèse, où nous appre­nons que Dieu, jus­te­ment, a confié le soin de la Terre à l’homme. Celui-ci en prend la res­pon­sa­bi­lité et en devient le gérant, charge à lui de l’embel­lir, de lui faire porter du fruit. Il n’est donc ni étonnant ni scan­da­leux que Luc fasse réfé­rence à la voca­tion de l’homme dévoi­lée dans la Genèse dans ses para­bo­les ! Donc, c’est moi, cul-ter­reux d’humain, quoi­que gérant de la créa­tion, qui ai la charge de culti­ver cette vigne, moi qui suis le maître de la vigne. C’est donc moi qui ai décidé de retran­cher ce figuier qui ne porte pas de fruits. C’est moi qui ai porté le cou­pe­ret, qui ai invo­qué la peine de mort, c’est moi qui veux retran­cher de la Terre des vivants ce para­site dan­ge­reux. Et moi, je ne suis pas Dieu. Le maitre de la vigne ici n’est pas celui qu’on croit, du moins tant que l’on ne réflé­chit pas au moins une seconde. Ce n’est donc pas Dieu qui est repré­senté par le maître de la vigne dans cette para­bole.

Et ce figuier qui ne porte pas de fruit ? Qui repré­sente-t-il ? Qui est-il donc ? C’est encore moi ! Mon alter ego. Mon sem­bla­ble. A ceci près que je ne lui reconnais plus aucune dignité humaine. Il est celui que je ne veux pas connaî­tre parce qu’il me fait peur. A priori. Celui qui, donc, mérite d’être retran­ché de la Terre, juste parce qu’il est une menace, avérée ou sup­po­sée, ou un danger reconnu.

En réa­lité, nous sommes chacun à notre tour ce tru­blion mal­fai­sant l’un pour l’autre. Nous nous jetons l’un à l’autre l’ana­thème puri­fi­ca­teur ou exter­mi­na­teur, au choix. Nous sommes chacun l’héré­ti­que de l’autre, chacun étant sûr de sa propre jus­ti­fi­ca­tion et de son bon droit. Si vrai­ment l’exter­mi­na­tion mutuelle est la seule solu­tion envi­sa­gea­ble, on est mal barré. D’ailleurs on est vrai­ment mal barré car la solu­tion est ailleurs.

Et c’est là qu’appa­rait celui dont on ne sait pas vrai­ment d’où il sort. Ce simple vigne­ron ! Dans d’autres cir­cons­tan­ces, il aurait été potier façon­nant inlas­sa­ble­ment pour l’ano­blir la matière de la Terre, ou bou­lan­ger pétris­sant et don­nant une belle forme à la nour­ri­ture de la Terre. Aujourd’hui, il ne semble être qu’un simple jar­di­nier qui veut pren­dre soin, malgré la « bonne solu­tion » du maître de la vigne de ce figuier mori­bond. Sa voix se veut dis­crète, façon­née de pro­jets, pétrie d’espé­rance. Elle pro­pose, elle invite avec infi­ni­ment de dou­ceur. Elle prend soin autant du figuier en mau­vaise pos­ture que du maître impa­tient et inquiet. Sa pro­po­si­tion est tem­po­raire, mais secrè­te­ment renou­ve­la­ble. Elle seule mani­feste le cœur géné­reux de celui qui la porte. Elle seule ouvre une espé­rance inat­ten­due et sur­pre­nante.

Dieu se cache der­rière cette humi­lité. Il se dévoile der­rière l’invi­ta­tion à l’espé­rance. C’est un Dieu capa­ble de mira­cles qui est sus­pendu à notre assen­ti­ment, à notre bon vou­loir. Un « diplo­mate » dont la finesse est l’argu­ment et la per­sua­sion l’arme. Un Dieu res­plen­dis­sant dans le creu­set de la foi.

Sans doute faut-il savoir ouvrir son cœur à cette voix inat­ten­due pour décou­vrir que le cœur de Dieu est bien dif­fé­rent de l’idée que nous nous en fai­sons. Que nous adhé­re­rons à ses solu­tions qu’à tra­vers notre par­ti­ci­pa­tion à son humi­lité. Ce n’est pas une mince affaire. Mais il a la patience de nous atten­dre.

Notez bien

[1Jésus dit cette parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher du fruit et n’en trouva pas. Il dit alors au vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier et je n’en trouve pas. Coupe-le. Pourquoi faut-il encore qu’il épuise la terre ?” Mais l’autre lui répond : “Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche tout autour et que je mette du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas. » (Lc 13, 6-9)

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