L'église de Suminoé, à Otaru

L’Église à Otaru, mon nouveau terrain de jeu.

Texte proposé par Origenius

6 janvier 2016

Alors donc, ce fut le 28 jan­vier 2014 que tout a bas­culé. À la faveur d’une réu­nion dio­cé­saine à laquelle je par­ti­ci­pais (c’est plutôt rare étant natu­rel­le­ment ours), mon nouvel évêque, en place après une vacance de huit ans, a consi­déré que ma pré­sence à Hakodaté avait assez duré. D’autant plus qu’il restruc­tu­rait son dio­cèse en affec­tant ses forces vives en plu­sieurs lieux stra­té­gi­ques afin de ména­ger d’autres forces moins vives mais tou­jours vaillan­tes. Il m’a donc annoncé qu’il comp­tait m’envoyer à Otaru et à Kutchan, ne me disant qu’une chose : « Ça va être dur. Tu vas devoir, si pos­si­ble, des deux parois­ses de la ville d’Otaru n’en faire qu’une. » Voilà c’était dit et c’était tout. Le 21 avril sui­vant j’étais offi­ciel­le­ment le curé de ces trois parois­ses, Suminoé, Tomioka (Otaru) et Kutchan. Le 7 mai, j’emmé­na­geais à Suminoé où j’habite prin­ci­pa­le­ment. J’avais quitté défi­ni­ti­ve­ment Hakodaté avec un peu de nos­tal­gie, y lais­sant beau­coup de connais­san­ces, des amis, la paroisse de Yunokawa, les Trappistines de Tenshi-en, les Trappistes de Tobetsu, la cho­rale mas­cu­line…

L’accueil à Otaru me fut cha­leu­reux quoi­que teinté d’expec­ta­ti­ves… Ce nou­veau curé, étranger, parle-t-il un japo­nais com­pré­hen­si­ble ? Quoiqu’il arrive, c’est tou­jours un défi pour moi de parler japo­nais non pas seu­le­ment pour me faire com­pren­dre et com­pren­dre ce qu’on me dit mais de le parler suf­fi­sam­ment cor­rec­te­ment pour res­pec­ter mes inter­lo­cu­teurs. Enfin bref, je suis ras­suré parce qu’ils ont été ras­su­rés. Mon pré­dé­ces­seur, un de mes confrè­res et ami, est amé­ri­cain. Même s’il connait bien le japo­nais, il est des­servi par un accent amé­ri­ca­no­phone… Il est reconnu que les fran­co­pho­nes sont ora­le­ment avan­ta­gés pour la langue nip­pone : je n’y suis vrai­ment pour rien mais j’en suis bien content.

« Laissons passer un an, afin de bien saisir les enjeux et les moyens. » C’est un prin­cipe que j’essaie de tenir assez soli­de­ment au point que fina­le­ment je me suis assis dessus. En effet, depuis 20 ans, les deux, trop peti­tes et âgées, parois­ses ont le projet de fusion­ner et de n’en faire qu’une. Mais jamais aucun curé n’a su insuf­fler une dyna­mi­que le per­met­tant. Alors avant de m’embour­ber à mon tour et de me mettre à dos les uns ou les autres sur la manière de faire et les ter­gi­ver­sa­tions s’ensui­vant, j’ai établi et pro­posé un calen­drier rela­ti­ve­ment court au terme duquel l’évêque vien­dra pro­cla­mer la nou­velle paroisse d’Otaru, fusion des deux ancien­nes. 1er avril 2015.

J’ai fait le cons­tat sui­vant. Les deux parois­ses ont cha­cune leur église. Les deux ont une his­toire spé­ci­fi­ques et sont même clas­sées par la ville d’Otaru (capi­tale his­to­ri­que du Hokkaido, avant Sapporo). Dans l’esprit des parois­siens la fusion en une seule paroisse devait néces­sai­re­ment se faire au détri­ment de l’une d’entre elles. On détruit et on vend le ter­rain de l’une pour ras­sem­bler tout le monde dans l’autre. La contrainte inhé­rente à cette manière de faire para­lyse toute action et entre­tient une forme de chau­vi­nisme parois­siale. De chaque côté les argu­ments ne man­quaient pas mon­trer le bien-fondé pour garder l’une et détruire l’autre. Statu quo. Depuis vingt ans. Pourtant les avan­ta­ges de ne deve­nir qu’une seule paroisse ne man­quent pas non plus. Outre les économies de moyens à réa­li­ser dans l’orga­ni­sa­tion parois­siale, l’unité spi­ri­tuelle est bien plus féconde que toutes les divi­sions, dans les­quel­les, il faut bien le reconnaî­tre, nous nous sommes appa­rem­ment embour­bés (ici on dirait plutôt ennei­gés).

Si « l’Église fait l’eucha­ris­tie tout autant que l’eucha­ris­tie fait l’Église », force est de cons­ta­ter que depuis une paire d’années, sur la ville d’Otaru l’eucha­ris­tie qui n’est célé­brée qu’une seule fois chaque diman­che convie les deux com­mu­nau­tés. Je sais gré à mon pré­dé­ces­seur d’avoir sup­primé les assem­blées sans prêtre de l’une des parois­ses pen­dant qu’il pré­si­dait l’eucha­ris­tie dans l’autre, en invi­tant les uns à se réunir chez les autres, chacun à son tour. À mon arri­vée, on disait « messe com­mune », c’est un bon départ pour célé­brer la com­mu­nion. Et jus­te­ment, j’ai fait remar­quer que déjà depuis plu­sieurs années les deux com­mu­nau­tés n’en fai­saient plus qu’une par et à tra­vers l’eucha­ris­tie. Nous, Église, fai­sions l’eucha­ris­tie ensem­ble et l’eucha­ris­tie nous fai­sait Église, com­mu­nau­tés unies. Et qu’il s’agis­sait désor­mais de tra­duire dans l’orga­ni­sa­tion des parois­ses ce que nous vivions déjà dans l’Eucharistie : le fait que nous étions déjà une seule com­mu­nauté. Et c’est ce que nous vivons déjà que nous avons com­pris. Et de com­pren­dre ce que nous vivons est salu­taire !

Privilégier une paroisse (orga­ni­sa­tion / bâti­ment église) au détri­ment d’une autre pour forcer l’union n’était certes pas la bonne solu­tion. D’où le statu quo. C’était pren­dre le pro­blème à l’envers. Lorsqu’il a été clair pour chacun que l’objec­tif était d’abord de faire une seule com­mu­nauté unie, de faire Église donc, nous ne nous sommes plus inquié­tés du « bâti­ment église » que l’on confon­dait avec la « paroisse », nous nous sommes avisés qu’il conve­nait d’être une por­tion du Corps du Christ / Église dont l’orga­ni­sa­tion parois­siale devait être l’un des reflets.

En consé­quence, le 1er avril 2015, nous sommes deve­nus une seule paroisse avec deux lieux de culte. Et c’est cette seule com­mu­nauté qui décide de son avenir et de sa future orga­ni­sa­tion…
Mission accom­plie.

En fait je n’ai pas fait plus que de faire com­pren­dre de l’inté­rieur ce que nous étions déjà. D’un point de vue opé­ra­tion­nel, toutes les ins­tan­ces en double ont fusionné. Même les finan­ces ! On a fusionné les comp­tes ban­cai­res et ter­miné ! Sans plus de pro­blè­mes ! (Dingue non ?) Et comme je suis par­ti­san du moin­dre effort, j’appré­cie vrai­ment le fait de ne plus faire de réu­nions en double !

Je suis tout sim­ple­ment étonné de la faci­lité avec laquelle je n’ai pra­ti­que­ment rien eu à faire. Et je mets en com­pa­rai­son cette situa­tion avec ce contre quoi mon évêque m’avait mis en garde. Je pense qu’il est lui même étonné de la vitesse avec laquelle ce projet s’est déblo­qué et mis en place.

L’évêque, mon­sei­gneur Katsuya, est venu pro­cla­mer la nou­velle paroisse pour laquelle il a pré­sidé la messe d’action de grâce. Et voilà !

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