Gravé dans la pierre, mais pour combien de temps encore ?

Par Origenius

31 janvier 2013

La cons­tance reli­gieuse est une connais­sance mono­li­thi­que par le fait même qu’elle est gravée sur la pierre, aussi indé­lé­bile qu’inal­té­ra­ble. Elle survit à tous les sou­bre­sauts de la vie, à tous ses aléas. Elle fonc­tionne comme un tro­phée acquis de longue lutte, elle est iné­bran­la­ble au point qu’elle cons­ti­tue un socle sur lequel toutes les cer­ti­tu­des reli­gieu­ses sont for­gées. Non moins inal­té­ra­bles, elles seront établies comme une vérité ina­lié­na­ble à laquelle il sera facile jus­te­ment d’être aliéné. Il s’agit donc du rocher sur lequel est cons­ti­tuée la connais­sance reli­gieuse.

Lorsque la femme péche­resse baigne de ses pro­pres larmes, mêlées de parfum, les pieds de Jésus en une mani­fes­ta­tion ful­gu­rante d’amour, le Pharisien, sûr de son fait, ne tarde pas à la mépri­ser, ne déce­lant en elle qu’une putain. Et dans la même veine, de dis­qua­li­fier Jésus : Il ne peut certes pas être un pro­phète, car s’il savait vrai­ment à qui il a affaire, il ne ris­que­rait pas de se rendre impur en se lais­sant tou­cher par cette traî­née. A-t-on jamais vu un pro­phète agir de la sorte ? La preuve est faite, c’est un impos­teur : il n’est certes pas un pro­phète.

Jusqu’à pré­sent, d’après Luc, ce Pharisien n’est pas nommé. Il repré­sente donc à lui seul toute la cor­po­ra­tion pha­ri­sienne, le rou­leau com­pres­seur des idées conve­nues, des connais­san­ces ina­lié­na­bles. Il est l’incar­na­tion du « C’est comme ça ! » N’est-ce pas l’affir­ma­tion péremp­toire la plus dan­ge­reuse à l’égard de la vie reli­gieuse ? Chez lui, l’immo­bi­lisme reli­gieux a depuis long­temps pris la place de la décou­verte conti­nue et vivi­fiante de l’Amour de Dieu. Ses états de ser­vice témoi­gnent pour lui, sa connais­sance reli­gieuse lui assure un avenir déter­miné aussi bien que la reconnais­sance due à son rang ; après tout, n’a-t-il pas trimer (ou ses pères) toute sa vie pour jouir enfin de sa bour­geoi­sie ? Ce n’est que jus­tice ! « Moi, je ne suis pas du monde de cette ribaude… Dieu m’en pré­serve ! »

En fait, il est inca­pa­ble d’accé­der à la vie reli­gieuse, à la foi, engoncé qu’il est dans ses cer­ti­tu­des… reli­gieu­ses. Ce n’est certes pas le moin­dre des para­doxes.

Rien n’est perdu cepen­dant. Il va effec­tuer une avan­cée vers la vie spi­ri­tuelle lors­que Jésus — bien que sou­dai­ne­ment déclassé à cause de son atti­tude avec cette femme — va le dés­ta­bi­li­ser dans ses cer­ti­tu­des, en l’inter­pe­lant de la plus belle manière : « Simon ! » Pour la pre­mière fois, il est reconnu comme un être humain, et non un membre de la cor­po­ra­tion vers laquelle toute sa vie était orien­tée. Il n’est plus un Pharisien qui agit selon ce que l’« on » attend de lui, il est Simon, une per­sonne fina­le­ment douée de liberté inté­rieure. Son prénom trans­cende le Pharisien qu’il repré­sente en deve­nant pour Jésus un homme, un frère ! « Simon ! » C’est ainsi que com­men­cent la ren­contre, le cœur-à-cœur, la vie... De cette ren­contre naît un homme qui n’est plus inti­me­ment asso­cié à ce qu’il repré­sente ; ce qu’il repré­sente ayant été forgé par des années de « c’est comme ça ! ». Non aujourd’hui, son assu­rance per­pé­tuelle est ébranlée par ce simple « Simon ! »

Un autre per­son­nage pré­nommé Simon s’est vu remet­tre une mis­sion dont le nom est devenu le pro­gramme. « Simon, fils de Jonas, tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâti­rai mon Église. » On sait com­bien, même tumul­tueux, Simon-Pierre a vécu un véri­ta­ble cœur-à-cœur avec Jésus. Le pardon reçu, et encore reçu, a forgé en lui ce cœur vivi­fiant sur lequel pré­ci­sé­ment Jésus a désiré bâtir son Église…

Jésus ne réa­lise-t-il pas ce qu’Ezéchiel, comme d’autres, avait bien pro­phé­tisé en son temps : « J’enlè­ve­rai de votre corps le cœur de pierre et je vous don­ne­rai un cœur de chair. » (Ez 36,26)

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