Cri

La prière de Bartimée

Texte proposé par Origenius

29 janvier 2013

Elle n’est certes pas une prière conve­nue, de celles que, petits, l’on apprend par cœur, si tou­te­fois la tra­di­tion fami­liale est por­teuse de spi­ri­tua­lité ; de celles que, plus grands, l’on ne tarde pas à expé­dier comme « une bonne chose de faite » ou un pensum, ou un rabâ­chage qui ne se jus­ti­fie plus que par l’habi­tude, sans plus aucune épaisseur.

Non, la prière de Bartimée est déses­pé­rée ; celle de la der­nière chance, ou de la seule chance qu’il ait jamais eue.

C’est ce brou­haha mon­tant, ces vivats incongrus, cette rumeur gran­dis­sante de la foule pres­sante qui l’aler­tent. Ce sont ces amis, ses frères, ses sœurs, ses parents, ses pro­tec­teurs peut-être, et aussi tous ces inconnus qu’il n’a jamais vus mais qui le connais­sent si bien, qui s’occu­pent de lui, le main­tien­nent, le gar­dent, l’entre­tien­nent, le conser­vent, l’établissent là, sur le bord de la route et nulle part ailleurs. Ils sont de ces gens qui soi­gnent suf­fi­sam­ment pour s’enor­gueillir de leurs bonnes actions, mais qui ne gué­ris­sent pas pour jus­ti­fier leurs bons soins, et… leur orgueil.

Alors donc, ils accla­ment quel­que chose, ou peut-être quelqu’un.

De quelle clair­voyance ce lais­ser-pour-compte a-t-il dû faire preuve pour que, dans ses ténè­bres per­pé­tuel­les, il ait « vu » le pas­sage de Jésus dans ce désor­dre gron­dant qui se devait d’être un obs­ta­cle infran­chis­sa­ble.

Tout le drame se joue ici.

Jésus lui-même semble passer son chemin sans même pou­voir saisir la moin­dre petite chance de l’aper­ce­voir.

Comment est-il conce­va­ble que l’ori­gine même de la lumière, le Fils, le Christ, risque irré­mé­dia­ble­ment de man­quer celui qui, de ses ténè­bres cras­ses, a « vu » la Lumière passer ?

Sa prière ?

Un cri. Un cri déses­péré. Un cri ful­gu­rant. Un cri inter­mi­na­ble.

Ce cri a effacé le brou­haha, le désor­dre, le chaos.

Son cri scin­tille, illu­mine, res­plen­dit.

Son cri est prière, lumière.

Mc 10.47 : Apprenant que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! »

Quand tu pries, tu cries ?

Notre conversation

© Copyright 日ごとの福音 2017, www.higotonofukuin.org