ミニコンサート

Musique, Music

Par Origenius

11 janvier 2010

Voici trois expériences musicales auxquelles j’ai été plus ou moins mêlé, plus ou moins spectateur attentif et épaté, et un peu acteur et comblé.

La musique accompagne ma vie quotidienne de plusieurs manières.

Question préalable : Je m’interroge parfois sur ce qui manifeste le niveau d’éducation ou de culture d’un peuple. Est-ce que la capacité de jouer de la musique ou de l’écouter peut servir de curseur ? Je ne sais pas.

Il m’a été donné de vivre quelques expériences intéressantes. En ma qualité d’aumônier de deux écoles catholiques voisines, l’établissement du Lys Blanc (白百合学園) où étudient près d’un millier de filles au collège et au lycée, et sa voisine, l’école de La Salle (ラ・サール学園) où ce sont un millier de garçons du même âge qui y passent le plus clair de leur temps, je suis invité à assister ou participer à des manifestations culturelles.

Alors donc, chaque année, je vais écouter le concert donné par les filles du Lys Blanc. Elles sont tout à fait étonnantes. À 15 ans en moyenne, plusieurs dizaines d’élèves constituent un véritable orchestre symphonique. La maîtrise d’un instrument nécessite en soi de fournir des efforts longs et réguliers. La capacité quant à elle d’exercer son art musical dans un orchestre constitue une étape supplémentaire : faire une juste appréciation de ses possibilités, être attentif et respectueux des autres qui sont dans la même « galère ». Enfin, il faut avancer au rythme de la caravane. Ce sont maîtrise de soi et efforts continuels qui permettent de rivaliser d’excellence. Ce serait leur rendre un hommage tronqué que de raconter qu’elles ne font que jouer, même de manière remarquable, de la musique. Leur concert était un véritable spectacle avec fil conducteur, utilisation de l’espace, interaction avec le public, si bien que leur musique était enveloppée de féerie, d’émotions, d’humanité.

Peut-on penser qu’elles sont exceptionnellement exceptionnelles ? Je me suis moi-même dit qu’elles bénéficient sans doute de professeurs de musique capables de les mener vers ces horizons jusque-là peu explorés ? Ou bien que dans cette école, quelques élèves exceptionnelles ont permis la réalisation de cette entreprise qu’un professeur assez dégourdi a su mener à bien ? Oui, sans doute…

Mais en fait non. En effet, l’événement se répète d’une part chaque année, donc avec des élèves différentes, et d’autre part, cette année, le Lys Blanc était chargé d’organiser le festival de musique des collèges et lycées de la région. Ce sont une douzaine d’écoles du Hokkaido dont les orchestres sont venus donner un concert de chacun deux ou trois pièces.

Être en présence d’une douzaine d’orchestres de collégiens ou lycéens montre s’il était nécessaire que l’exception que j’étais tenté d’imaginer constituait en fait une réalité habituelle. Je ne serais pas juste si je ne précisais pas que ces concerts n’avaient pas lieu dans quelque gymnase aménagé pour l’occasion, mais bien dans une vraie salle de concerts de la ville de Hakodaté, preuve s’il en est de l’importance donnée à ces événements. C’est un peu comme si les orchestres symphoniques des différents lycées de la Région Centre se donnaient rendez-vous au Zénith d’Orléans. Vous voyez un peu le tableau…

Et au collège Lycée de La Salle, c’est une autre expérience à laquelle j’ai assisté, plus modeste dans sa réalisation, mais tout aussi remarquable à d’autres égards.

Quelques pianistes virtuoses en herbe de 11 à 17 ans ont chacun à leur tour pendant une semaine donné un mini-concert d’une quinzaine de minutes. Chaque jour du lundi au vendredi, concert à 12 h 30 dans le grand hall de l’école ! Bien sûr, ces gamins en uniforme du collège ne sont que des gamins préoccupés par leur cours de maths ou par la note obtenue à leur composition de « langue du pays ». Il n’est que de les voir s’attabler, avec toute la dignité que requiert l’événement, à leur clavier, d’assister à la danse, dont la musique est témoin, de leurs mains, de leurs doigts pour être séduit par la magie du moment. Où donc ont-ils acquis cette virtuosité ? Elle semble si surnaturelle à considérer la « banalité » de leur apparence !

Presque chaque jour, je suis allé les écouter, et chaque jour ils m’ont surpris. Pas seulement les pianistes d’ailleurs, mais aussi leurs spectateurs. C’est-à-dire qu’ils avaient leurs fans ! Une bonne moitié des élèves de l’école, chaque jour, était rassemblée à l’heure dite. Sûrement pas des mélomanes maniaques, mais d’autres adolescents respectueux, silencieux autant que faire se peut, appréciant de la plus belle manière la performance de leurs camarades. C’étaient le respect, la dignité et la fierté auxquels je faisais l’expérience à travers leur attitude. Je dois dire qu’ils m’ont bluffé !

Lorsque j’étais en 6e, l’un de mes professeurs nous avait dit un jour que les trois matières les plus importantes étaient le français, la musique et le dessin… Je l’avais considéré un temps soit peu comme à côté de ses pompes ; il n’avait même pas cité les maths ! Et la musique et le dessin étant si peu mis en valeur, il me semblait qu’il disait n’importe quoi. Et d’ailleurs, il ne prêchait pas pour sa paroisse puisqu’il nous enseignait l’anglais ! Mais je ne l’ai jamais oublié. Et je crois qu’il avait raison. 30 ans plus tard, je constate à nouveau à travers des adolescents japonais la véracité de son propos.

Je dois donc affûter mon humilité pour évoquer maintenant la musique dont je suis à mon niveau responsable. Je continue donc avec satisfaction à participer à la « chorale des voix d’hommes de Hakodaté ». Nous sommes maintenant une petite quarantaine de choristes, et pour ma part je rejoins toujours le rang des barytons. Nous avons fêté dignement la nouvelle année, non pas par un concert, mais par une bonne bouffe.

Seule notre pianiste diffère. Alors que chacun y va de son petit speech de présentation, de vœux et de je-ne-sais-quoi, je me suis moi-même excusé d’avoir été si longtemps absent cette année, en raison de mon congé en France, notre pianiste donc, a rapporté grosso modo les propos suivants… « Je suis heureuse de vous accompagner au piano, mais j’ai quelques remarques à faire. D’abord, en ce qui concerne la balance entre les ténors et les basses, il faudrait voir à équilibrer. Les premiers ténors portent le plus souvent la mélodie de l’œuvre mais leur voix est souvent noyée dans l’ampleur de la voix des basses, qui eux prennent un malin plaisir à les couvrir… Les deuxièmes ténors assistent au pugilat entre les deux précédents sans même assister les premiers ténors dont ils sont les soutiens. Mais enfin, lorsque Shima San (le chef de chœur) leur demande de rééquilibrer, ils s’y efforcent et ça passe. Quant aux barytons, ils tiennent bien leur place au niveau de la voix, mais, ô grands dieux, ils n’arrivent pas à corriger leurs erreurs et ne s’en soucient guère… » Alors on a bien rigolé, d’autant plus que son speech arrivait juste après le boute-en-train des barytons, qui s’était glorifié d’être vraiment très bon… Bref, tout cela pour dire que l’ambiance est vraiment très bonne !

Actuellement, nous répétons d’arrache-pied car nous avons notre concert annuel au mois d’avril. Nous chantons plusieurs œuvres chorales, toutes japonaises, certaines récentes, d’autres traditionnelles. À cause de mon absence prolongée des mois d’été, j’ai un déficit de répétitions que j’ai un peu de mal à rattraper, mais enfin, je pense que ça ira. Il me suffit de me souvenir de mes premiers pas au sein de cette chorale : c’était pour moi difficile car tout était nouveau aussi bien par le fait que je ne connaissais quasiment personne, que je ne comprenais guère les explications du maître de chœur et que je ne comprenais pas bien ce que je chantais. Bref, un éléphant dans un magasin de porcelaine ? Non, mais en tout cas, un énorme étranger dans un groupe bien huilé de Japonais.

Mais à force d’efforts, d’apprivoisement et de reconnaissance mutuels, j’ai pu prendre mes marques et je me sens maintenant à l’aise dans ce groupe. Mes comparses ont également accédé à un niveau de liberté à mon égard qui s’est construit au fur et à mesure. Il n’est que de le constater le niveau de japonais qu’ils utilisent à mon encontre. Auparavant ils s’adressaient à l’honorable prêtre, maintenant ils s’adressent à leur copain de galère, enfin leur camarade de chœur. Ce glissement linguistique est pour moi très important, il est révélateur d’une ambiance pour moi très positive.

Nous avons bien sûr des projets ; notre réputation, oui même notre réputation nous précède bien que nous soyons une chorale récente jeune de 5 ans seulement, aidant, nous envisageons de donner d’autres concerts durant l’année au Japon dans un premier temps, et pourquoi pas à l’étranger... Je me demande bien si on ne va pas se décider à aller chanter en France...

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