Quand le sage montre la Lune, l'imbécile regarde le doigt...

Sacré Jean-Baptiste...

Par Origenius

20 décembre 2007

Il est drôle ce Jean-Baptiste !
Il a passé son temps à dire que le Royaume de Dieu est proche, qu’il fallait préparer le chemin en nos vies pour le Christ. Jusqu’ici, rien d’anormal. Et puis clairement, il a désigné Jésus comme celui-là que le peuple attend, espère : le messie, le sauveur. Il a été très clair avec tous ses contemporains, les petites gens comme ceux qui s’enorgueillissent d’être déjà « arrivés », ceux qui ont pour père Abraham et à qui on ne la fait pas ! « Dieu peut de ces pierres faire des fils d’Abraham » Alors rabaissez un peu vos prétentions et humblement convertissez-vous !, avait-il l’air de dire...

Oui, on peut dire qu’il n’avait pas sa langue dans sa poche et que la force de la foi qui l’animait était remarquable. Chapeau bas !

Et le voilà en prison, pour une histoire de morale. Il a accusé son propre roi d’adultère parce qu’il a piqué la femme de son frère. On ne peut pas nier que celui-ci ait enfreint l’un des commandements fondateurs du peuple d’Israël. Et Jean n’a pas manqué de lui en faire la remarque, encore une fois ! Mais ça s’est mal passé pour lui cette fois puisque, confronté aux « puissants » dans ces quatre murs comme horizon quotidien, la peur au ventre et l’angoisse d’un avenir plus qu’incertain le précipitent dans la désespérance : « C’est toi qui dois venir ? Où bien on doit en attendre un autre ? » fait-il demander à Jésus... Comme si, profondément angoissé, il remettait en cause tout ce qui a constitué sa vie jusqu’à présent.

Il entend dire que Jésus fait des miracles ici ou là. Peut-on s’empêcher de penser qu’à travers cette demande, Jean-Baptiste espère secrètement un petit miracle rien que pour lui ? Hérode en ferait d’ailleurs les frais, ce petit miracle l’aurait confondu dans son injustice crasse et Jean-Baptiste, victorieux, n’aurait manquer de lui faire la nique. Si ce Jésus me sort de cette prison, c’est le Messie, sinon, bah…, on en attendra un autre. On n’a jamais fini d’attendre finalement.

Quelle ironie en fait entre la réponse de Jésus et l’attente de Jean-Baptiste ! « Les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. [1] » Rien que des petits miracles tels que celui qu’attend Jean-Baptiste ?

Mais il faut bien reconnaître que cette réponse de Jésus revêt une portée bien plus grande que celle que l’on puisse imaginer. Et Jean-Baptiste lui-même est renvoyé à la signification profonde de ces paroles et ainsi au centre de sa propre vie. Pour dire la vérité, il les connaît par cœur ces mots car ils l’ont bercé, accompagné, nourri, en plus d’avoir été le cœur de sa vocation. Et que Jésus les répète encore une fois lors de ce moment dramatique leur donne une signification renouvelée : c’est le point d’orgue de la vie de Jean-Baptiste qui se réalise ici.

La venue de Dieu, dans Isaïe, est accompagnée par ces signes que Jésus vient de répéter à Jean-Baptiste. « Voici votre Dieu : (…) Il vient lui même vous sauver. Alors les yeux des aveugles verront et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie ! [2] » La réponse de Jésus est pertinente : le royaume de Dieu dont, toi, Jean-Baptiste, tu as annoncé la venue est là ! Puisque les signes qui l’accompagnent se réalisent ! D’une certaine manière, l’espoir d’être délivré de sa prison révèle une mesquinerie de Jean-Baptiste : voudrait-il bénéficier du la réalisation du signe qui accompagne le salut et s’en contenter, plutôt que du salut lui-même ?

Si les aveugles voient des yeux de leur corps, n’est-ce pas le signe de la vision de salut de Dieu : le don de la foi ? Si les boiteux dansent des jambes de leur corps, n’est-ce pas le signe du relèvement intérieur qui réalise l’engagement dans la vie ? Si les sourds entendent des oreilles de leur corps, n’est-ce pas le signe que la Parole de Dieu est recevable et qu’elle est nourrissante, aussi bien que créatrice et salvatrice ? Et si même les morts ressuscitent dans leur corps, n’est-ce pas le signe de la victoire de la vie sur la mort et de l’entrée dans la vie éternelle ?

Oui, Jésus, par sa réponse, réaffirme à Jean-Baptiste qu’il ne s’est pas trompé, et qu’il a devant les yeux la réalisation de son annonce. En effet, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. Aujourd’hui on se gargarise de cette maxime soi-disant chinoise : « Quand le sage montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt ! » Les signes de la venue de Dieu, tous ces petits miracles, au demeurant fort appréciables pour les bénéficiaires, ne sont que le doigt du sage ! Même l’éminent Jean-Baptiste a failli s’y tromper.

En effet, la joie profonde n’est pas d’entendre, de voir ou de marcher, mais par cela d’être introduit dans le mystère de l’amour du Dieu sauveur et de s’en réjouir...

Et Jean-Baptiste est allé offrir sa vie dans le martyre, ayant été conforté dans sa foi : « Oui Jean-Baptiste, par la réponse que je t’ai donnée, je te l’affirme de nouveau : je suis celui qui doit venir et il n’est plus nécessaire d’en attendre un autre. Mais de grâce, dans ta prière, ne demande pas à te contenter d’un petit miracle, à te contenter de regarder le doigt, dans ta prière, demande le salut pour la vie éternelle ! »

Ah ! Au fait, y compris dans son martyre, Jean-Baptiste a passé son temps à désigner, à montrer le Messie, le Christ. A notre tour de ne pas nous y tromper, de nous contenter de regarder le doigt qui montre le Christ, C’est bien le Christ Sauveur qu’il convient d’accueillir...

Et donc, Joyeux Noël…

Notez bien

[1Mt 11,5

[2Is 35, 4b-10

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