Tora ! Tora ! Tora !

Par Origenius

20 février 2022

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Après l’année de la vache, voici l’année du tigre. La majesté de l’animal sug­gère une nou­velle année plus noble, plus mys­té­rieuse que la pré­cé­dente, dont il faut bien avouer que l’animal qui la repré­sen­tait, même mythi­fié, nous est plus commun. L’influence conti­nen­tale est per­cep­ti­ble ; le tigre n’ayant jamais élu domi­cile sur l’archi­pel nippon.

Cela ne nous dis­pense pas de com­pren­dre le sens apposé à cette nou­velle année en nous confron­tant à la signi­fi­ca­tion des carac­tè­res. Parce qu’il y en a deux, évidemment. Le film « Tora ! Tora ! Tora ! » de Richard Fleischer en 1970, qui a docu­menté la bataille de Pearl Harbor, a popu­la­risé cet animal si bien que tout un chacun sait dire « tigre » en japo­nais.

Le carac­tère habi­tuel, celui que l’on uti­lise dans la lit­té­ra­ture com­mune, est celui-ci : « 虎 », alors que celui qui est mytho­lo­gisé est celui-ci : « 寅 ». Le pre­mier, « 虎 », est com­posé du radi­cal de tigre (虍) debout sur ses deux pattes arrière (儿), si bien que ce qui est évoqué ici n’est cer­tai­ne­ment pas un tigre pai­si­ble se fau­fi­lant non­cha­lam­ment, mais bien un tigre agres­sif, aux aguets, à la manière d’un ours prêt à la confron­ta­tion. Tout l’enjeu consiste à adop­ter une atti­tude adé­quate et effi­cace pour jugu­ler le danger que repré­sente une agres­sion pos­si­ble. Ainsi, le tigre est tou­jours com­pris dans sa dimen­sion de puis­sance pour laquelle nous pou­vons avoir de l’admi­ra­tion, aussi bien que d’agres­si­vité, pour laquelle nous devons déve­lop­per des tré­sors de pru­dence.

La ver­sion mythi­que du carac­tère, « 寅 », n’est pas étrangère à cette accep­tion. En effet, sur l’échelle cycli­que du temps qui passe, le tigre inter­vient en tout début de la période Yang, à l’aube nais­sante. Le tigre est ainsi mani­festé comme le pre­mier animal pré­da­teur à rôder à la pénom­bre de l’aube à la recher­che d’une proie pour en faire son petit-déjeu­ner. Si bien que les gens (人 sty­lisé ainsi 八 en bas du carac­tère) affron­tant dès potron-minet leur jour­née sont d’humeur bou­gonne, car ils doi­vent s’atten­dre à se défen­dre contre l’agres­si­vité du tigre affamé rôdant alen­tour. Est-ce bien rai­son­na­ble ? Ils feraient bien mieux d’entre­te­nir de convi­via­les rela­tions avec les gens de leur maison (宀), manière de lais­ser passer le danger sans vains soucis ! Non seu­le­ment, à la clarté du jour, le danger sera passé, mais ils auront passé un temps agréa­ble et pai­si­ble, sans effort par­ti­cu­lier. En d’autres termes, en pré­sence d’un tigre, il convient de garder toute mesure (由) et de ne pas jouer au fan­fa­ron inu­ti­le­ment…

De l’art de s’accommoder des situations.

Je vous sou­haite donc une année 2022, bien qu’encore dan­ge­reuse à bien des égards, durant laquelle vous saurez trou­ver séré­nité, confiance. Un peu à la manière du Christ tout juste res­sus­cité s’adres­sant à ses dis­ci­ples effrayés par les pers­pec­ti­ves défai­tis­tes : « La paix soit avec vous ! ». Une paix qui trans­cende toutes les frayeurs, une paix qui sur­monte toutes les inquié­tu­des, une paix qui ouvre à l’espé­rance.

Je ne résiste pas à l’envie de vous pré­sen­ter en un conte popu­laire la manière dont le plus rusé des ani­maux s’est joué du destin funeste auquel un tigre le des­ti­nait.

Le renard plus fort que le tigre

Dans les temps anciens, alors qu’un renard se pro­me­nait tran­quille­ment dans la forêt, il se trouva nez à nez avec un énorme tigre. Celui-ci sans autre manière s’en saisit et, ouvrant une gueule dévoi­lant ses dents acé­rées, s’apprê­tait à en faire son déjeu­ner. Il fut sur­pris par la requête sou­daine du renard : « Attends un ins­tant : tu penses que tu es le seul à être fort, et tu te prends pour le roi des ani­maux ? Mais tu ne m’arri­ves même pas à la che­ville ! »
« Quoi ? Tu t’ima­gi­nes être plus fort que moi ? » répon­dit le tigre.
« Évidemment ! »
« Balivernes ! »
« Si tu ne me crois pas, viens avec moi, je t’emmène jusqu’à la ville. Si les gens, en me voyant, n’ont pas peur de moi, alors à ce moment-là, tu pour­ras me cro­quer. »
« D’accord, allons-y ! »
Le renard emmena le tigre vers la grande ville, jusqu’à la place du marché, agitée comme lors de ses plus beaux jours.
À leur arri­vée, tous les gens de la ville furent si effrayés à la vue du tigre sui­vant le renard, qu’ils s’enfui­rent chez eux sans délai.
C’est ainsi que le renard se vanta :
« Tu vois bien ! Les gens, en me voyant, se sont enfuis, c’est moi le plus fort ! »
Le tigre sem­blait consi­dé­rer que ce qu’a dit le renard était vrai et que si les gens se sont enfuis, c’est bien parce que des deux, le renard était le plus fort.
Celui-ci tourna sa queue et, peu­reu­se­ment, s’enfuit dere­chef ! Laissant coi le tigre inter­lo­qué (et tou­jours affamé).

Ces amuse-gueule vous ont-ils mis en appé­tit ? Voici quel­ques-unes de mes nou­vel­les au cours de l’année de la vache : c’est par ici !

  Et cum Spiritu tuo Ainsi va la vie (...) Tora ! Tora ! Tora

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