函館合唱団演奏会

Voix d’hommes !

Par Origenius

1er décembre 2007

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Je vous le mets en japo­nais ?

函館男声合唱団

C’est dit !

Chorale de voix d’hommes de Hakodaté. C’est ainsi que je tra­duis. Voilà près de six mois que j’ai inté­gré ce groupe.

J’avais entendu quel­ques uns de leurs concerts au centre cultu­rel de la ville de Hakodaté. Non pas que je sois un expert en matière de chant cho­rale, mais je dois bien avouer que j’en ai appré­cié l’ambiance. Les chants étaient en japo­nais. Autant dire que je n’ai pas com­pris grand chose ! Cependant, j’ai eu le loisir de scru­ter les visa­ges de ces chan­teurs ano­ny­mes. Je n’avais pas de jumel­les, mais je les ai reconnus. Monsieur Misumi ! Incroyable : il a même chanté en soliste. Depuis près d’un an, je l’accom­pa­gnais avec sa famille dans son désir de deve­nir catho­li­que. Mais, n’est-ce pas made­moi­selle Hatanaka au piano ? Mais oui. D’habi­tude, je la ren­contre comme orga­niste à l’église. Mais là haut, chez les bari­tons, c’est son frère qui chante. Je ne l’avais ren­contré que deux fois : une fois comme méde­cin à l’hôpi­tal muni­ci­pal de Hakodaté alors que je venais donner le sacre­ment des mala­des à sa mère, mou­rante, et l’autre fois, à ses funé­railles. J’ai repéré d’autres per­son­nes encore que je connais­sais pour les fré­quen­ter également à l’église.

Alors l’année passée, je me suis adressé à mon­sieur Misumi au sortir de la messe domi­ni­cale de 7 heures : « C’était super votre concert hier » lui dis-je. Et il était ravi que je lui fasse ce com­pli­ment. Mais encore plus lors­que je lui souf­fle, dans l’expec­ta­tive : « Vous croyez que je pour­rais faire partie de votre cho­rale ? » Il n’aurait pas fallu que j’en dise plus pour remuer Ciel et Terre. Comme s’il n’atten­dait que cela. Tapis rouge, je vous dis. Monsieur Iyami ainsi que Monsieur Shima, les deux chefs qui s’occu­pent de ce groupe ont été à leur tour ravi de me voir débar­quer.

Mais, pas fier, j’étais plein d’une mul­ti­tude d’inquié­tu­des. Oui je sais que je me débrouille en chant. Mais de là à faire partie d’une cho­rale, renom­mée s’il en est, de japo­nais qui chan­tent en japo­nais, j’étais atten­tiste.

Nous sommes une qua­ran­taine d’hommes. Monsieur Iyami a testé ma voix pour ma placer dans le bon groupe : je serai bari­ton. J’espé­rais être basse, mais j’ai une voix de bari­ton. Bon. La flop­pée de pho­to­co­pies et les cahiers de par­ti­tions ache­tés, nous voilà partis dans les répé­ti­tions. Je n’y com­prends rien, mais je m’accro­che. Finalement, après trois ou quatre séan­ces, je com­mence à com­pren­dre ce qui se passe.

Je dois dire que je suis par­fois incons­cient. Deux gran­des dif­fi­cultés m’ont guetté. La pre­mière qui n’est pas la moin­dre, c’est le japo­nais. Si je connais le japo­nais quo­ti­dien et le japo­nais reli­gieux, celui de la lit­té­ra­ture, de la poésie et du chant m’est encore étranger. Même si je peux chan­ter pho­né­ti­que­ment, il est pré­fé­ra­ble de saisir, voire de vivre ce que l’on chante pour l’expri­mer de la meilleure façon. Et ce n’est pas acquis d’emblée. De toute façon, rien n’est acquis en japo­nais : c’est une recom­men­ce­ment per­ma­nent. Il me faut donc étudier le japo­nais que je chante, c’est un défi de plus. La deuxième dif­fi­culté tient à la musi­que elle-même. En effet, même si je sais plus ou moins lire une par­ti­tion musi­cale, il m’est dif­fi­cile d’en chan­ter une sans l’aide d’un ins­tru­ment qui porte ma voix. A mon grand déses­poir, mais aussi à ma grande chance, tous les cho­ris­tes m’entou­rant sem­blaient maî­tri­ser le chant à la seule lec­ture de la par­ti­tion, j’ai donc pu m’appuyer, avec un temps de retard, sur leurs voix !

Aujourd’hui, concert. Mince, je n’ai pas pu m’y rendre pour cause d’enga­ge­ments préa­la­bles à la paroisse. Mes plates excu­ses étants four­nies, je n’ai rejoint le groupe que lors de la fiesta qui s’est ensui­vie. Gengiskan, c’est le nom du plat que nous avons dégusté au res­tau­rant ce soir. Viande d’agneau grillé au bar­be­cue, arrosé de saké ou de bière de Sapporo, au choix, ou pas au choix pour ceux qui n’hési­tent pas à mélan­ger. Je dois bien avouer que ces agapes sont sym­pa­thi­ques. Le Japon que j’aime trans­pa­raît ici. (Je ne devrais pour­tant pas aimer cela, en bon fran­çais que je suis). Chacun est pré­venu à l’avance de son devoir de faire un speech à toute la tablée, chacun à son tour, selon un thème déter­miné : Comment s’est passée cette année, quels sont les pro­jets pour l’année pro­chaine, et enfin, un petit mot « libre » en plus. Le res­pon­sa­ble des pre­miè­res voix de ténor inter­pelle ses ouailles pour qu’elles s’y col­lent cha­cune à son tour, celui des deuxiè­mes voix ensuite, et enfin celui des bari­tons. Il est évident que je n’écoute que très peu le speech des uns et des autres, préoc­cupé par ce que je pour­rais bien raconter d’ori­gi­nal dans mon japo­nais à jamais bal­bu­tiant. Donc mon tour arrive, je me lève et je manque de me cogner au pla­fond...

« Je suis bien content d’avoir inté­gré cette cho­rale, et je vous suis reconnais­sant de m’avoir accueilli ! (applau­dis­se­ments) Cette année, j’ai 40 ans, je fais 115 kilos, et je mesure 1 mètre et 88 cen­ti­mè­tres (pre­mier sujet). L’année pro­chaine, j’aurai 41 ans, je ferai 120 kilos et je mesu­re­rai 1 mètre et 90 cen­ti­mè­tres ! Tout le monde a ri : hein, tu gran­dis tou­jours ? (deuxième sujet) Enfin, je m’y effor­ce­rai ! Et à votre bon cœur ! (troi­sième sujet) »

L’ori­gi­na­lité tient dans l’incongruité !

Nous aimons chan­ter. Nous vibrons au dia­pa­son de la belle musi­que. Je suis pour ma part ébahi de cons­ta­ter à quel point chacun met tout son cœur pour que le son de sa voix unique s’entre­mêle har­mo­nieu­se­ment à celle des autres. Ainsi jaillit une œuvre étonnante qui nous trans­porte au niveau de l’art.

Pour dire la vérité, je ne pen­sais pas que puis­sent jaillir de mon gosier des œuvres pour moi hors de porté. Mais ma voix est portée par la leur, et inver­se­ment. Ce soir, mon­sieur Iyami, avec lequel j’ai dis­cuté lon­gue­ment, m’a fait le détail des pro­grès effec­tués. J’en étais le pre­mier étonné. Il a l’habi­tude d’en enten­dre des voix, lui qui baroude dans ce milieu depuis cin­quante ans. Je ne peux pas le soup­çon­ner de flat­te­rie inconsi­dé­rée. J’en conclue que la pro­gres­sion est le fait de l’har­mo­nie des voix qui se por­tent mutuel­le­ment les unes les autres. Étrange mys­tère que celui de la soli­da­rité !

Je n’ai pas inté­gré ce groupe pour les concerts, mais pour chan­ter et vivre cette ren­contre épisodique entre cho­ris­tes. Je cons­tate que l’amitié cimente ces rela­tions et j’en suis heu­reux.

Mais j’espère être de la partie pour le pro­chain concert !

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