Oh la vache, quelle année ! - 2

Par Origenius

22 avril 2021

Il m’arrive de me bala­der sur YouTube, et je visionne des cours de japo­nais en ligne. Ils sont en géné­ral pour les débu­tants. Certains sont inté­res­sants et m’inter­pel­lent. En écoutant d’une oreille dis­traite, j’en pro­fite pour lire les com­men­tai­res et, le cas échéant, je réagis également soit pour répon­dre à des ques­tions posées, soit pour appor­ter mon grain de sel. Je me suis dit que je pou­vais publier chez moi le com­men­taire sui­vant. C’est un cours sur les kanjis de « Sophie - Cours de japo­nais » qui est l’occa­sion de ce texte.

L’usage de moyens mné­mo­tech­ni­ques pour appren­dre les kanjis est cer­tai­ne­ment la meilleure façon de pro­cé­der. Se fabri­quer une his­toire plus facile à mémo­ri­ser et l’asso­cier à un carac­tère, quand on y prend goût et habi­tude, relève même pour cer­tains du jeu. Apprendre les kanjis en s’amu­sant, voilà le Graal.

Cependant, je tiens à atti­rer votre atten­tion, chère Sophie, sur le fait que les kanjis, en eux-mêmes sont des moyens mné­mo­tech­ni­ques. Il serait donc beau­coup plus effi­cace de décou­vrir leurs pro­pres struc­tu­res pour les mémo­ri­ser. J’y vois deux avan­ta­ges extra­or­di­nai­res :

  • En découvrant la véritable histoire sous-jacente, inscrite dans le graphisme du kanji lui-même, on n’a plus besoin de se créer une histoire mnémotechnique personnelle plus ou moins alambiquée, on a l’original !
  • En découvrant la véritable « petite histoire » du kanji, on pénètre la culture et la manière de penser de ceux qui les utilisent pour lire et écrire. Une culture peut-être ancienne parfois, mais toujours intéressante.

Les let­tres des Chinois (漢字) ne sont-ils pas en eux-mêmes des idéo­gram­mes, tels qu’on tra­duit en fran­çais ces petits des­sins. Ils por­tent en eux-mêmes une idée, une signi­fi­ca­tion. À mon humble avis, il serait pré­fé­ra­ble de décou­vrir leur propre signi­fi­ca­tion, c’est-à-dire com­pren­dre le chemin par lequel les Chinois sont passés pour affec­ter un sens précis et ainsi mode­ler ces gra­phis­mes.

Il ne faut pas oublier que la sim­pli­fi­ca­tion de leur écriture en chi­nois et en japo­nais a par­fois détruit l’his­toire sous-jacente des carac­tè­res ori­gi­naux. Ils ne sont par­fois qu’un gri­bouilli insensé ; pour cer­tains d’entre eux, c’est une grande perte. Toutefois, la sim­pli­fi­ca­tion « à la japo­naise » s’est employée à recréer une véri­ta­ble his­toire lors­que c’était pos­si­ble, si bien que la plu­part des kanjis japo­nais pos­sè­dent en eux-mêmes une his­toire, par­fois nou­velle, qui conti­nue de leur donner sens. L’hon­neur est sauf.

J’ai écrit tout ça, parce que j’ai envie de vous donner la signi­fi­ca­tion intrin­sè­que du carac­tère de l’année : 年. Il est assez facile, et il ne s’agit pas d’une his­toire que j’ai inven­tée.

Mais avant tout j’aime­rais reve­nir sur 車, dont vous dites qu’il s’agit d’un châs­sis d’une voi­ture vu de des­sous. Même si vous êtes proche de la véri­ta­ble his­toire de ce carac­tère, j’ima­gine mal les « auteurs » dudit idéo­gramme avoir déjà vu une voi­ture par en des­sous, à une époque où les auto­mo­bi­les n’exis­taient pas. Par contre, à hau­teur de fenê­tre, ils ont vu nombre de palan­quins ou de chai­ses à por­teurs, vus de dessus donc, dont le gra­phisme de ce carac­tère est véri­ta­ble­ment l’image.

J’en ai dit assez, pas­sons à l’année ! とし、ねん、年. Décomposons-le. Une per­sonne 人 et une vache 牛. Suivant sa place dans le carac­tère, la clé « per­sonne » s’écrit 亻lorsqu’elle placée à gauche. En l’occur­rence, ici elle est placée au-dessus et son deuxième trait ver­ti­cal est devenu hori­zon­tal. Enfin, le pre­mier trait du dessin de 牛 est un peu déplacé, en raison du fait qu’il entre dans la com­po­si­tion d’un autre carac­tère. On le retrouve écrit ainsi dans 年, 違, 韓, 降.

Donc voici la véri­ta­ble petite his­toire mné­mo­tech­ni­que, ins­crite au cœur du carac­tère lui-même, et qui dévoile la concep­tion cultu­relle des gens qui l’ont pro­duit : une année, c’est le temps qu’il faut à un homme pour élever une vache. Ce n’est pas plus com­pli­qué.

Mes deux sous.

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