La lumière a lui dans les ténèbres !

La lumière a lui dans les ténèbres

Par Origenius

25 décembre 2020

Je vous sou­haite un Joyeux Noël à tous et à chacun !
Avec cette crèche, simple, de la paroisse d’Ikeda où j’ai célé­bré ma sep­tième messe de Noël, la qua­trième de la nuit… Je com­men­çais à connaî­tre l’Évangile par cœur, aussi bien que mon homé­lie... enfin, que mes homé­lies, car j’en ai pré­paré deux !

On n’est pas fâché de lais­ser aller 2020 vers le silence du passé où l’on voudra bien la lais­ser en espé­rant que 2021 nous ouvrira la voie d’une nou­velle espé­rance. Saura-t-on pro­fi­ter du trem­plin 2020 pour accueillir 2021 avec un esprit renou­velé et un cœur espé­rant. C’est l’occa­sion qui fait le croyant. Elle se pré­sente d’ailleurs chaque année, lors de la fête de Noël où l’on fait mémoire de cet événement sur­pre­nant : Dieu s’incarne en un petit enfant. Il ne tient qu’à nous de l’accueillir, de l’élever et de le faire gran­dir avec nous. Si on l’a saisi, ce Dieu fait homme va nous ouvrir les pers­pec­ti­ves de son monde, celui qu’on a oublié, celui qu’on n’ose plus espé­rer, celui qu’il nous pré­sente avec fidé­lité et patience. Elles sont d’ailleurs étonnantes ; sans jamais s’offus­quer de nos aveu­gle­ments, il nous soumet régu­liè­re­ment son invi­ta­tion.

Dans le pas­sage d’Évangile de la messe de la nuit, j’ai été étonné cette année de la quan­tité de ténè­bres épaisses en toile de fond de l’événement qu’on célè­bre. Auparavant, je pen­sais que si Joseph et Marie s’étaient faits à l’idée de passer la nuit dans une grotte alen­tour, c’était qu’ils étaient arri­vés trop tard à Bethléem. Avec tous ces gens qui venaient se faire enre­gis­trer pour le recen­se­ment, les hôtels étaient pris d’assaut, et il n’y avait plus de cham­bres libres pour les retar­da­tai­res. Je n’ai eu l’idée que cette année qu’on ait pu leur oppo­ser une fin de non-rece­voir. (Suis-je naïf !) Les gens bien comme il faut sur eux n’ont pas accueilli ces péque­nauds du Nord dans leur ville royale. Voilà ce qui s’est passé. Il y avait de la place pour les gens aux poches plei­nes et au pedi­gree débor­dant et valo­ri­sant. Qu’avaient-ils à faire avec l’humi­lité d’une jeune femme enceinte et pous­sié­reuse.

Joseph était bien de sang royal, mais com­ment sa barbe hir­sute aurait-elle pu en témoi­gner ? Ils n’ont pas insisté. Les pau­vres n’insis­tent pas. Ils souf­frent. Du mau­vais côté de la ville, au delà de la rivière, il y avait cette grotte ou cette étable où ils ont trouvé refuge. Et le bébé est venu, là, misé­ra­ble. C’était le lieu des parias, des autres exclus de la société, ces clam­pins de ber­gers y dor­maient à la belle étoile. Ils ne connais­sent que la soli­tude bien­veillante de la nuit. Pendant la nuit, ils ne sont ni vus, ni jugés, ni insul­tés. Et pour cause, per­sonne ne les voit. Ils sont trans­pa­rents. Étant émerveillés de la magni­fi­cence des étoiles tout au long de la nuit, ils cher­chent à ima­gi­ner la vérité des fils d’Abraham, dont ils savent qu’ils sont plus nom­breux que les étoiles qu’ils admi­rent dans le ciel. Mais qui sont les fils d’Abraham ? En sont-ils ?

La nuit mani­feste autant les ténè­bres des ber­gers que les ténè­bres des habi­tants de Bethléem. Les uns sont mis à l’écart, parce qu’ils mul­ti­plient les tares dont la bonne société s’enor­gueillit d’être libé­rée. Les autres sont occu­pés, sérieux, beso­gneux, affai­rés, habi­tués. Ils se dis­traient. En fran­çais, le mot ténè­bres n’est que plu­riel. Il n’existe pas (nor­ma­le­ment) au sin­gu­lier. Preuve que si l’on met un pied dedans, on est happé corps et âme tel­le­ment leur aspi­ra­tion est puis­sante et irres­pec­tueuse. Les ténè­bres ne sont pas que la toile de fond de l’événement somme toute bien banal de la nais­sance d’un enfant, mais le ter­reau, le socle et la matrice qui ont sus­cité cet événement. Nos ténè­bres nous ont valu ce geste lumi­neux de la part de Dieu. Dieu s’est incarné en ce petit enfant misé­ra­ble afin que sa pré­sence lumi­neuse chasse les ténè­bres. Mais les ténè­bres ne sont pas éprouvées de la même manière par tous.

La bonne société des gens de Bethléem patauge dans de cras­ses ténè­bres, mais ils ne le savent pas, tout affai­rée, occu­pée et dis­traite qu’elle est. Des fils d’Abraham qui s’igno­rent. Ce sont des pau­vres riches de vani­tés futi­les. À l’inverse, les ber­gers savent qu’ils sont téné­breux. Mais qu’y faire ? Rêver ? Espérer ? Plutôt endu­rer et résis­ter tout le temps que ça durera jusqu’au der­nier souf­fle. Cependant, il y a une dif­fé­rence fon­da­men­tale entre ces caté­go­ries de per­son­nes enté­né­brées : les unes n’en ont pas cons­cience et sont dans la déses­pé­rance pra­ti­que, ils souf­frent incons­ciem­ment se fai­sant, croient-ils, leur propre bon­heur. Les autres sont dis­po­ni­bles à la nou­veauté, à être éclairés par le moin­dre rayon stel­laire, même s’ils n’y croient pas vrai­ment. Ce serait bien étonnant qu’une flamme chasse les ténè­bres de ce monde. Le monde est ainsi fait. Des fils d’Abraham qui s’igno­rent. Mais à qui res­sem­blé-je ?

Parce que cette lumière a lui, luit et luira ! Si les gens de Bethléem l’ont vu débar­quer sous les traits d’une Marie enceinte et fati­guée, ils l’ont repous­sée, tout inquiets qu’ils étaient de chan­ger leurs habi­tu­des, d’être inter­pe­lés par leur huma­nité. Au contraire les ber­gers tout trans­pa­rents qu’ils sont, se sont laissé éclairer par cet éclat nou­veau et se sont réjouis d’entre­voir enfin une nou­veauté radi­cale en ges­ta­tion d’espé­rance. Car la lumière divine prend d’infi­nies pré­cau­tions pour chas­ser nos ténè­bres de son éclat. Cette lumière est une invi­ta­tion, une dou­ceur, une ten­dresse, une joie, une séré­nité. Cette flamme réchauffe, mais ne brûle pas. Elle éclaire, mais n’éblouit pas. Elle invite, mais ne s’impose pas. Elle guide, mais ne contraint pas. On peut la voir sans la reconnaî­tre. Me reconnais-je mieux dans les gens de Bethléem ou dans les ber­gers. Suis-je seu­le­ment un pauvre igno­rant ou plutôt un pauvre de cœur ?

La litur­gie nous offre de revi­vre ce drame chaque année. Sa régu­la­rité marque la patience divine aussi bien l’invi­ta­tion divine tou­jours renou­ve­lée. Chaque année, nous fêtons Noël. Comme les gens de Bethléem, on pré­pare chapon, huî­tres, saumon fumé et foie gras, avec force cadeaux : iPhone 12, MacBook Air et jeu de poker ! Et voilà. Cette année, on a en plus bien res­pecté les gestes sani­tai­res. Ou bien comme les ber­gers, on a accouru là où la lumière nous a guidés. On a accueilli cet enfant et on l’a reconnu comme sau­veur, Christ. On l’a accueilli chez soi et par la joie éprouvée on lui a permis de par­cou­rir le reste de nos jours avec lui afin qu’il nous mène jusqu’au reste éternel de ses jours ! Et pour fêter ça, on pré­pare chapon, huî­tres, saumon fumé et foie gras, avec force cadeaux : iPhone 12, MacBook Air et jeu de poker ! Cette année on a en plus bien res­pecté les gestes sani­tai­res.

Joyeux Noël, Fils d’Abraham !

P.S.Retour vers l’article de présentation « Oh la vache, quelle année ! »

 Et cum Spiritu tuoAinsi va la vie (...) La lumière a lui (...)

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