Le jour est proche...

Qu’est-ce que t’attends ?

Par Origenius

29 novembre 2020

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L’année 2020 se ter­mine. Bon débar­ras ! Vivement l’année 2021 ! Mais pour en faire quoi ? Rien comme d’habi­tude ? Par igno­rance ? Par oubli ? Par manque d’inté­rêt ? Heureusement que la litur­gie nous invite à la com­men­cer en avance (en avence ?) afin que l’on soit fin prêt pour son début offi­ciel !

Parce que litur­gi­que­ment, on l’a com­men­cée aujourd’hui, avec cette période par­ti­cu­lière qu’on nomme Avent. Comme, même dans la sphère pro­fane, l’avent cor­res­pond à la pré­pa­ra­tion de Noël, on voit fleu­rir moult calen­driers de l’avent pour soi-disant aigui­ser la patience des uns et des autres : un seul cho­co­lat par jour ! Par mutuelle influence, si par extra­or­di­naire l’avent litur­gi­que reste impor­tant pour les croyants, il ne concerne mal­heu­reu­se­ment que la pré­pa­ra­tion de Noël. On sort les car­tons où sont relé­gués le reste de l’année la sta­tuaire de la Sainte Famille, des ani­maux, des anges et des ber­gers, et des fameux rois mages, et on les dis­pose avec plus ou moins bon goût au pied de l’autel de l’église comme pour se per­sua­der que celui qu’on attend et qu’on se pré­pare à accueillir est ce petit Jésus emmailloté dans sa man­geoire. On n’oublie pas le sapin ni l’étoile du berger !

Ainsi, on ne peut pas se dépê­trer de Noël quand sur­vient l’avent. Pourtant la litur­gie, lors des trois pre­miers diman­ches de la période ne fait pas men­tion de la nais­sance pro­chaine de l’Homme-Dieu Sauveur qui s’incarne. Ça, c’est le mys­tère de Noël. Il n’appa­raît qu’au qua­trième diman­che !

Alors qu’est-ce qu’on fait pen­dant les trois pre­miers diman­ches ? Qu’est-ce qu’on attend ? De quel avè­ne­ment parle-t-on si ce n’est pas celui de la nais­sance du Christ ? Alors pardon, mais il ne faut pas être grand-clerc pour savoir que l’on n’attend pas la nais­sance du Christ qui, de manière cir­cons­tan­ciée sur­vint dans l’his­toire il y a quel­que 2000 ans dans un lieu très déter­miné. Ça, c’est fait ! On aurait l’air malin d’atten­dre encore la nais­sance du Christ. Le jour de Noël, on fait mémoire de cet événement afin d’en recueillir tous les bien­faits spi­ri­tuels. Et la litur­gie dans sa sagesse nous donne la semaine pré­cé­dente pour nous y pré­pa­rer. Et pas un mois com­plet et c’est tant mieux, car c’est bien suf­fi­sant ! Alors, on doit mettre à profit les trois pre­miè­res semai­nes de l’Avent pour être prêt à accueillir un événement qui n’a pas encore eu lieu, qui est à-venir, et dont on ne connaît ni le jour ni l’heure.

Malheureusement, notre cœur est faible et on a depuis long­temps oublié cette pro­messe du Christ. Les chré­tiens de l’Église pri­mi­tive l’atten­daient si fer­me­ment qu’ils croyaient ne pas mourir avant son avè­ne­ment. Pourtant, les plus anciens ont com­mencé à mourir, par­fois sous la per­sé­cu­tion ; ils en ont été débous­so­lés. Pierre a dû les affer­mir dans leur foi, leur rap­pe­lant que pour Dieu un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Aussi, ce n’est pas qu’il semble oublier la pro­messe ou qu’il soit en retard pour l’accom­plir, mais qu’il laisse à chacun le temps de se conver­tir pour qu’il puisse accueillir cet événement sans ris­quer de passer à côté. C’est toute la pré­ve­nance de Dieu qui appa­raît ici : que per­sonne ne soit laissé sur le bord du chemin par manque de temps accordé. Ça fait 2000 ans que ça dure, et nous on est tombé dans l’excès inverse : on n’attend plus rien puisqu’on a oublié la pro­messe.

C’est pour­quoi l’évangile d’aujourd’hui entend bien nous réveiller. Pour nous rap­pe­ler ce que nous sommes censés espé­rer, avec foi et entrain. (Ré)veillez(-vous) !, clame-t-il à plu­sieurs repri­ses. Pour en parler, le Christ évoque un maître de maison parti en voyage et lais­sant à ses ser­vi­teurs ses biens jusqu’à ce qu’il revienne. Nous sommes ici et main­te­nant ces ser­vi­teurs, riches de la richesse du maître dont nous sommes les inten­dants. Leur bon usage nous est le moyen par lequel nous atten­dons avec patience et espé­rance son retour. Chacun des inten­dants-ser­vi­teurs est actuel­le­ment riche des bien­faits du maître, manière d’être d’une manière mys­té­rieuse déjà en sa pré­sence, ou, à tout le moins, d’être déjà dans la joie de l’espé­rance de sa pré­sence. Bien d’autres pas­sa­ges du Nouveau Testament évoquent le Retour du Christ dont nous héri­tons de la pro­messe. C’est cet événement qu’on se pré­pare à accueillir durant l’Avent.

Quand revien­dra-t-il ? Nul ne le sait. Personne n’en connaît la date. Mais nous pou­vons cepen­dant com­pren­dre qu’il revien­dra lors­que chacun sera capa­ble de l’accueillir, afin qu’aucun ne soit perdu. Être prêt à l’accueillir, c’est l’enjeu de notre pré­pa­ra­tion de l’Avent.

De quels moyens dis­pose-t-on ? Souvenons-nous de la réponse de Jésus à ce sad­du­céen qui lui deman­dait de citer le plus grand com­man­de­ment. « Tu aime­ras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit... » Et voilà qu’il cite deux ou trois de nos capa­ci­tés natu­rel­les, qua­li­fiées comme moyens pour aimer Dieu et son pro­chain. Ne pour­rait-on pas en rajou­ter à cette liste pour se convain­cre d’être déjà très doué ? « De tout ton cœur, de ton esprit, de ton cou­rage, de ton intel­li­gence, de ton temps, de ton ima­gi­na­tion, de ta jeu­nesse ou de ta vieillesse, de ta santé ou de ta mala­die, de ta gen­tillesse, de ta ten­dresse, de ta patience... » Voilà bien toutes nos qua­li­tés natu­rel­les qui sont mises au ser­vice de Dieu et du pro­chain. Chacun d’entre nous en est pourvu de manière unique, et elles cons­ti­tuent non seu­le­ment notre dignité d’êtres humains, mais aussi notre uni­cité aux yeux de Dieu !

Et sou­ve­nons-nous aussi de cette fameuse para­bole des talents. Le maître encore, avant de partir en voyage et jusqu’à son retour (!), confie ses biens à ses ser­vi­teurs « selon les capa­ci­tés de chacun ». Ces capa­ci­tés sont jus­te­ment ces qua­li­tés, uni­ques à chacun, évoquées à l’ins­tant. Par-dessus, comme pour les magni­fier ou les féconder, il confie ses pro­pres riches­ses. On pour­rait les qua­li­fier ainsi : la grâce du salut, ou la grâce de la résur­rec­tion, ou la vie éternelle ou que sais-je encore de ces riches­ses divi­nes qui nous sont déjà allouées afin de nous sanc­ti­fier, nous asso­cier au Christ, de nous magni­fier. L’Église est dépo­si­taire de ces tré­sors. Son rôle est de nous les par­ta­ger durant cette période de temps qui a débuté lors­que le Christ res­sus­cité a promis qu’il revien­drait. Nous sommes dans cette période de temps de ges­ta­tion à la sain­teté. Ces tré­sors sont les sacre­ments, riches­ses de Dieu qui nous sont don­nées.

Comme par un mys­tère qui nous est donné de vivre, ces sacre­ments, ses riches­ses divi­nes, ces grâces du royaume sont déjà pour nous ici-bas une manière de vivre avec le Christ res­sus­cité. Une manière d’accueillir déjà celui que nous nous pré­pa­rons à accueillir à son retour et dont nous nous rap­pe­lons ce mys­tère pen­dant l’Avent. Vivre déjà mys­té­rieu­se­ment avec lui fait naître en nous cette espé­rance de ce retour qu’il a promis. En consé­quence, la meilleure façon de ne pas oublier la pro­messe de son retour, c’est de vivre déjà dans son amitié, une amitié nour­rie des riches­ses de son royaume, dont l’Église dis­pose avec amour pour chacun d’entre nous. La fré­quen­ta­tion des sacre­ments nous convie à la fré­quen­ta­tion du Christ. Ce sont les moyens par les­quels nous pou­vons atten­dre son retour avec espé­rance, dans la paix et la patience. Réveillons-nous, et ne l’oublions pas !

Alors l’année 2021 ?

P.S.

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